Je hais les humains, Homo homini lupus est

Publié le 1 Septembre 2014

Vous allez sans doute me trouver un peu excessive mais je hais les humains. Pourquoi? Je ne sais rien, je n'ai sans doute pas confiance en eux.

Je ne parle pas du cas par cas, j'apprécie et aime certains humains, mais je hais l'humain dans son ensemble.

J'ai toujours eu la sensation de ne pas le comprendre, et qu'en retour ce dernier ne me comprenait et ne m'appréciais pas non plus.

Je suis sur la défensive chaque fois que je dois sortir de chez moi, vis à vis des hommes qui pourraient tenter de m'aborder comme chaque femme sur cette planète, mais aussi des femmes et des enfants (sans doute les pires car ces derniers ont moins de limites que les adultes et n'hésitent pas à débuter une conversation avec de parfaits inconnus tel que moi).

Je déteste les gens, leur manière d'arpenter les rues, se croyant seuls au monde, leur manière de bousculer, de parler fort, de s'imposer au détriment des autres.

Je déteste les chasses à la place assise dans les transports en commun, cette quête partagée par tant, sans que ceux-ci aient forcément une raison valable.

L'autre me fait peur, ne me rassure pas, je me sens agressée lorsque j'entend des rires, paranoïa, pensant qu'ils fusent à mon égard. L'autre est un ennemi à mes yeux, à mes oreilles, à son contact physique. Je ne peux m'empêcher de frémir et de frissonner lorsque l'un d'eux me frôle et me touche par inadvertance, et pire lorsque c'est volontaire, ce qui est logique. Dans les pires périodes, je sens même une légère nausée voire même un haut le coeur en lien avec ce contact que je n'ai pas souhaité, désiré, prévu.

Plus les années passent, plus l'Homme devient pour moi une créature vile et dangereuse, prête à l'attaque, même si cette attaque se traduit juste parfois par un "bonjour".

Oppression, agression, beaucoup de choses néfastes et négatives qui ressortent de ces contacts humains, de cette fréquentation d'un même espace, publique ou non.

Je vis dans mon monde, loin de tout et de tous, plus les années défilent plus je m'enferme dans ma tour d'ivoire où je me sens en sécurité, une liberté entre quatre murs, une liberté enfermée.

Je suis agoraphobe, je le sais, je suis censée me soigner, mais au final je n'en ai pas envie, fatiguée d'être déçue par l'Autre, par mes semblables, fatiguée de devoir justifier mon existence, mon apparence, mon appartenance.

Fatiguée de ne pas rentrer dans un moule, de ne pas vouloir me soumettre à la vindicte populaire sur le comment-vivre, comment-penser, comment-baiser.

Je suis lasse de devoir sourire, de jouer la jolie poupée pour des inconnus tel que l'on me l'a appris.

Marre de devoir m'excuser d'être celle que je suis, celle que j'ai été et celle que je serais, car je ne serais jamais parfaite aux yeux de qui que ça soit. Je suis une entité unique, comme chaque être vivant.

Ereintée de voir les conflits, les meurtres, les maladies, les religions et les politiques se partager les gros titres pour des morts qui ne se comptent plus. Les morts actuels ne sont plus que des statistiques que l'on étudie sans se pencher sur l'histoire de la victime, des statistiques que l'on manipule en fonction du bon vouloir de chacun, que l'on tord, et torture pour leur faire dire que qui nous arrange le plus.

J'ai lâché les journaux, les infos, les nouvelles pathétiques et hystériques, les sillons de sang qui s'écoulent à chaque coin du globe pour des croyances que personne n'est capable de comprendre et d'analyser de la même manière.

Des vagues de haine qui circulent sur tous les sujets, tous les domaines, au final je me voile la face, pas par désintérêt mais parce que l'empathie me ronge, qu'elle accentue la paranoïa, que de lire que les choses empirent chaque jour nous font accroître nos réserves de haine, nos peurs les plus ancestrales, nos instincts primaires.

Nous bouffons les mêmes rengaines de sable et de larmes, d'armes et de sang depuis nos plus jeunes âges, nous sommes confrontés à des images de nos semblables qui se déchirent, se déchiquètent, ... Nous ne les comprenons pas, plus, les avons-nous comprises un jour?

Nous comprenons-nous les uns les autres, nous comprenons nous, nous même?

Je me sens fatiguée d'appartenir à cette espèce funèbre et funeste, cette espèce qui dépèce dans la joie et la bonne humeur ses semblables, pour des raisons que nous avons du mal à cerner, la sociopathie et la psychopathie ne touche pas de telles parts de la population.

L'humain me fait peur, je ne le comprend pas, toi qui me lis, je ne te comprend pas, même si je cherchais à le faire, j'aurais sans doute du mal à analyser le moindre de tes faits et gestes, la moindre de tes pensées, tout comme tu serais incapable de faire de même avec moi.

L'humain est un mystère à mes yeux, tout comme je le suis à mes propres yeux. Pourquoi faisons-nous telle ou telle chose, pourquoi disons nous cela alors que nous savons pertinemment le mal que cela engendrera?

Je pense que j'ai sans doute un peu divergé de mon sujet originel, mais comme à mon habitude, j'écris de manière automatique, sans penser consciemment, je vide mes mots et mon coeur sur l'écran (je préfère le papier, mais avec le temps, le poignet devient douloureux par manque d'habitude).

Ai-je réellement envie de soigner cette mysanthropie qui est en moi depuis, je dirais presque toujours? Je ne pense pas, elle me permet sans doute d'éviter quelques écueils, certes, elle m'évite aussi sans doute des rencontres qui seraient enrichissantes, mais on ne peut pas tout avoir dans la vie.

Homo homini lupus est, autrement dit la phrase bien connue "L'homme est un loup pour l'homme".

XXX

Venus, la pessimiste

Je hais les humains, Homo homini lupus est

Rédigé par Venus Velvet

Publié dans #Divagations

Commenter cet article

Nillaem 03/09/2014 10:17

C'est un texte poignant, qu'il m'attriste de lire... enfin, je ne dis pas que ce soit triste dans l'absolu, juste de mon point de vue. Peut-être parce que je suis profondément philanthrope - même si souvent les gens m'énervent de par leur attitude, je suis toujours prête à l'expliquer et à la considérer comme une faiblesse humaine ; pardonnable. Du moins, compréhensible (puisqu'explicable), à un certain degré. Même si les attitudes des gens semblent totalement empreints de violence et d’égoïsme, l'être humain est bien plus compliqué que ça, et possède des strates de réflexion, de conscience et de conditionnement que je trouve tout bonnement fascinant d'analyser. Je ne pense pas que l'être humain soit foncièrement mauvais, il est juste extrêmement malléable, et nous sommes depuis longtemps dans un cercle vicieux qu'il est difficile d'enrayer. Les gens sont quelques personnes insupportables que je croise tous les jours dans la vente, mais pas que. Hier soir, je suis sortie marcher la nuit - tout le monde me dit "A Marseille, après minuit ! Tu es folle...". Pourtant, ce contact humain que tu crains tellement, je le trouve intéressant, vraiment. Je me suis assise pendant une heure avec deux sdf qui pêchaient leur aumône avec une canne à pêche avec un verre accroché au bout : l'idée m'a semble originale et je suis restée avec eux, à parler de leur vie, de leurs chiens, d'un groupe de rock polonais appelé Kat - comme le sdf qui m'en parlait était polonais, j'avais du mal à le comprendre, il a écrit K-A-T sur son pantalon avec un crayon de papier tout émoussé qu'il sortait de je ne sais où. Il a insisté pour que je chante (pourquoi ? Aucune idée !) et j'ai fini par lui offrir une performance assez nulle de Mad World - il a pris mes mains et les a serré, les larmes aux yeux (je chante vrai-ment mal. C'était peut-être pour ça !). J'ai repris ma route et je suis allée me poser sur un haut de rempart en écoutant de la musique et en regardant les lumières de la ville se refléter dans cette mer du sud que je n'aime pas ; une jeune fille maquillée comme un camion volé a quitté la voiture garée dans un coin où elle embrassait son mec, et est venue me voir d'un air inquiet pour être sûre que tout allait bien et que je n'allais pas sauter. J'aurais pu m'énerver en moi-même en me disant que a) elle me dérangeait b) c'est pas parce que je suis sapée en noir que je suis dépressive - mais j'ai juste trouvé ça gentil. Parce que même si ça me dérangeait dans mon trip musical et que ça conduisait un cliché, avant tout, son attitude était de l'attention positive, du souci de l'Autre - de cet autre qui te fait tant peur. J'ai encore marché et marché, je me suis faite accoster plusieurs fois en esquivant comme une anguille avec un sourire poli et un pas plus rapide, puis j'ai fini par laisser "sa chance" à un jeune roumain - qui ressemblait à s'y méprendre à un russe - et on a papoté en marchant, de mon métier, de sa formation, et des clichés sur les roumains. Il a demandé à me revoir, j'ai souri, j'ai dit "non, désolée, je prends les rencontres comme elles viennent mais je n'y donne généralement pas suite. Merci. Au revoir !" De sa part, "ok, sourire, au revoir". Un autre homme a arrêté sa voiture dans la rue et m'a appelée pour me dire qu'il adorait mon style : j'ai compris son désir de me faire partager son opinion, j'ai compris la tête de sa copine, mélange de jalousie et de gêne parce qu"on ne dit pas ça à des inconnus", j'ai compris le mec qui a dépassé la voiture en râlant comme un malade parce que l'homme qui me parlait bloquait la circulation. Tout n'est pas admissible, mais tout est compréhensible.
J'ai de plus en plus l'impression d'appréhender les gens comme le font les enfants (de cette façon qui te répulse tant) ; je suis de plus en plus naturelle, ouverte et souriante, je ne m'encombre plus des règles de bienséance qui empêchent les gens de communiquer entre eux (je ne dis pas que je fais n'importe quoi. Mais j'arrête de sacrifier au socialement correct si ça ne me convient pas, tout en respectant l'autre). Les gens semblent ne pas te comprendre, ne pas t'accepter, te considérer différente : est-ce réellement important ? Pour avoir creusé ça : leur pensée négative à ton égard n'est souvent qu'une membrane ultra fine, que tu peux démolir avec un sourire. Et très vite, la grande majorité acceptera, voire célèbrera ta différence. Car justement, tu es unique. Et même si certaines personnes n'arrivent pas à le formuler, même si cette liberté que tu prends d'être différente leur fait peur, c'est quelque chose qu'ils admirent. Et si l'admiration les conduit à l'envie, puis à la jalousie ; qu'importe ? C'est leur problème, qu'il leur appartient de régler. Pas le tien.

Je ne suis pas en train de dire que tout le monde il est beau tout le monde il est gentil, pas du tout. Mais il n'y a aucune méchanceté, aucune mauvaise action qui ne soit expliquée par tout un contexte. Je ne cherche pas d'excuse, je cherche des raisons. Prête à comprendre, avec une empathie chaque jour grandissante, je trouve ça tellement enrichissant de pouvoir observer notre monde de cette façon. Je pense que la neutralité est encore la meilleure des positions. Beaucoup sont dans la colère, certains sont dans la peur. En ce qui me concerne, je trouve que ma plus grande richesse aujourd'hui est de pouvoir considérer l'être humain de la façon dont je le considère moi : avec un oeil affûté : lui, notre monde, et donc par le fait, moi-même. Avec une certaine sérénité - que je travaille, parce que ce n'est pas toujours facile. Ce que je vois n'est pas "beau", c'est "triste" - de par le mauvais usage que fait souvent l'être humain de son potentiel. Mais d'une tristesse à tellement d'étages et de ramifications que ça en devient fascinant - et ce, sans oublier qu'il y a tellement de beau. Peut-être qu'un jour, je tomberai sur le tranchant de mes rencontres, mais je préfère ça plutôt que vivre dans la peur. J'ai assez eu peur dans ma vie, assez expérimenté cette répulsion angoissante, anxiogène, oppressante, pour savoir que ce que je vis maintenant est une délivrance. C'est tellement difficile d'être soi-même son seul bastion, d'avoir besoin de sa forteresse, de ne pas pouvoir considérer l'autre sans sentir le coeur qui manque, la respiration qui se raccourci, le regard qui se noircit, qui dit, qui crie, qui hurle "ne - m'approchez - pas !". Rien qu'à me rappeler ça, mes montées de paranoia et d'angoisse (notamment dans le métro), je me sens mal, tant ça me mettait dans des états pas possibles. Mais aujourd'hui, j'ai dépassé la peur, j'ai dépassé la haine. L'agacement quotidien peut rester présent de temps en temps devant les petites incivilités de tous les jours, la tristesse répond aussi présente lorsque je lis tous les faits divers sur la toile mais... je n'arrive pas à l'expliquer, c'est une tristesse calme, certes profonde mais justement, je prends en compte tous les paramètres que je suis capable d'appréhender, jusqu'à arriver à une sorte de neutralité émotionnelle.

Du coup, ça me rend triste de savoir que tu passes par exemple à côté de ça. Tout en sachant que mes regrets sont vains, pour plus d'une raison, mais je ne vais pas me mettre à énumérer ça, j'ai déjà assez exposé mon point de vue. Et je doute fortement que tu prennes bien cette compassion de ma part. Il n'empêche, que je l'éprouve - ce n'est pas la première fois, en lisant tes textes, que je me dis tout ça.
Je finirai simplement en disant que les hommes ont besoin d'évoluer, dans une direction saine et débarassée de trop d'égocentrisme - je pense qu'il en est capable, que l'humanité est seulement encore un peu "jeune" (même si ça semble paradoxal). Mais je suis tout à fait sûre que ce n'est pas en jugeant durement l'autre, en le craignant et en le détestant qu'on arrivera à ce résultat positif. (Il va de soi que ce n'est nullement une critique à ton égard, sans savoir exactement pourquoi tu as ce point de vue aujourd'hui, j'en ai une intuition globale, et ayant longtemps été moi-même ainsi, je sais que ce n'est pas reprochable. Mais pour ce que je pense être ton bien je te le dis : la peur et la haine ne sont pas des solutions. Certes ça te protège, mais pour le coup, ça aussi c'est égocentrique. Mais comme je ne suis ni ton mentor, ni une mère la morale, je m'arrête ici tout de bon, désolée du pavé. ^-^

Hi Venus! 02/09/2014 13:33

Frissons en te lisant car je ressens parfois un profond vague à l'âme en voyant ce que l'homme fait à ses semblables, à la Terre et de son essence sacrée.

Edie 02/09/2014 13:27

Frissons en te lisant car je ressens parfois un profond vague à l'âme et de la colère en voyant ce que l'humain fait de la Terre, de son essence sacrée et à ses semblables...

Venus Velvet 02/09/2014 14:17

L'homme peut se révéler d'une cruauté sans nom, il suffit de se souvenir de l'histoire de l'humanité, des croisades, des colonisations, de l'Inquisition, des camps de concentration, du camps 731 en Mandchourie et du massacre de Nankin, des guerres actuelles, des tueurs de masse ou en série, des viols, génocides, et que sais-je... La liste est si longue que même si je passais l'après-midi, je ne serais pas capable de faire une liste exhaustive qui pourrait couvrir les débuts de l'humanité et sa cruauté, pour de l'argent, du pouvoir, des femmes, des idées fausses sur l'Autre, ...

mois 02/09/2014 12:11

Comme je me reconnais dans ton texte. Je pense, ressens la même chose vis à vis de l'humain, de "l'autre", c'est assez incroyable. Merci pour ton texte, car ce genre de choses ne se dit pas facilement car jugé, incompris et tout et tout. L'humain quoi.

Venus Velvet 02/09/2014 12:23

Je pense que c'est quelque chose que beaucoup partagent, certes, en général cela ne se dit pas, mais parfois cela fait du bien de l'écrire.
J'ai l'impression que notre époque accentue la mysanthropie, pourquoi, je ne sais pas trop, peut être car nous avons moins besoin de l'autre en tant qu'entité physique, car nous nous contentons le plus souvent de la personne virtuelle, et donc comme le contact humain se fait de plus en plus rare, nous le craignons comme l'humain à peur de ce qu'il ne connait pas. Je ne dis pas cela comme une vérité générale, juste comme une simple supposition.
Je te remercie de ton commentaire, et heureuse que mon message t'ai plu.
Très bonne journée
Venus