Une enfant des bombes

Publié le 1 Octobre 2014

Ici, vous ne trouverez pas de données sociographiques, d'études sur la géoplitique, non pas que je ne me sois pas intéressée à cela, mais, je n'ai pas envie de faire un cours sur le sujet, cela n'est pas mon rôle, je n'ai pas envie de cela, et je suis juste ici pour vider mon coeur et mon âme.

L'état actuel du monde pour le moment me fait peur, très peur même, alors, certes, il est vrai que j'ai sans doute un peu trop étudié le sujet pour savoir de quoi cela retournait, qu'en plus de cela mes angoisses prennent régulièrement le pas sur ma logique et sur ma conscience, mais qu'importe, j'ai peur. Je ne saurais dire à quel point, est-ce une réelle peur, une simple angoisse passagère, je ne saurais dire.

1986

Une enfant des bombes

Je suis née en 1986, cette année là, des vagues d'attentats ont mis la France à feu et à sang, la tension devait être omniprésente, mais bien sûr, les médias ne fonctionnaient pas comme aujourd'hui, peut être étaient-ils moins aguicheurs, quoi qu'il en soit, ils étaient moins présents. La presse donnait son compte rendu du monde chaque matin (peut être même encore chaque soir, je ne saurais dire si les éditions bi-journalières avaient encore cours), et le JT était sur tous les écrans deux fois par jour. 

Quoi qu'il en soit, en cette seule année 1986, nous avons pu en décompter 10.

Il est évident que je ne m'en souviens pas, pour une partie, je n'étais pas encore née, pour l'autre étant encore qu'un nouveau-né, je ne garde pas de souvenirs de cette époque.

Je ne saurais dire si ma mère était à l'époque angoissée par de tels événements, sans doute avait elle d'autres choses à penser, mais quoi qu'il en soit, on sait aujourd'hui que le stress d'une femme enceinte peut avoir des conséquences sur le foetus, et ce à différents niveaux, dont le développement cognitif et comportemental, ...

 

1995/1996

 

 

Une enfant des bombes

En 1995 et 1996, une nouvelle vague d'attentats secoue la France, là encore près d'une dizaine dont des fusillades et des assassinats (je vous l'ai dit, je ne vais pas étaler les faits que vous pouvez sans problème trouver sur le net si cela vous intéresse).

Je me souviens particulièrement d'un jour, c'était le soir, j'étais assise sur le sol du salon chez mes grand-parents (comme toujours), la nuit était déjà tombée (ce qui me laisse penser que c'est l'attentat d'octobre 1995 et non celui de juillet. Je regardais la télé, était-ce un flash spécial ou était-ce le journal en lui même, je ne sais pas.

J'ai le souvenir parfaitement limpide, du journaliste ou plutôt de son micro, interviewant des gens, des hommes et des femmes affolés, qui plein de sang et de poussière semblait terrorisés, ne sachant pas réellement ce qui s'était passé. Je me souviens de leur terreur, de ceux qui courraient en arrière-plan. Ce moment d'histoire, est resté profondément gravé dans ma mémoire.

 

J'habitais alors à Maisons-Laffitte, chez mes grand-parents. A cette époque, comme j'en avais déjà parlé dans un autre article (sans rapport avec celui-ci) j'allais régulièrement à Paris, souvent avec Papy, pour me rendre chez le dentiste à Belleville. 

Je pense qu'à cette époque, personne n'avait pris la peine de m'expliquer ce qui se passait, l'origine des attentats, qui l'avait fait, et pourquoi. Je sais aussi pertinemment que le dentiste me faisait très peur (ça n'est jamais agréable de se faire mettre un appareil). Mais, je me souviens là encore très nettement, d'une ignoble peur qui m'assaillait lorsque je devais prendre les transports avec mon grand-père, je ne disais rien, je gardais cela pour moi, mais j'étais terrifiée. Cela peut sembler étrange pour une petite fille de 9 ou 10 ans, qui n'a aucune connaissance de la mort, d'avoir une telle peur mais sans doute que l'incompréhension, et l'empathie envers les personnes qui semblaient terrorisées à la télévision, m'avait marqué plus que de raison.

Au fil du temps cela est passé, je n'aimais toujours pas aller chez le dentiste, mais la peur a disparu.

 

2001

 

 

Une enfant des bombes

En 2001, j'étais alors au collège, le soir, après les cours, je faisais du baby-sitting pour deux garçons, près de chez mes grand-parents.

Je sors de l'école, et vais à la maternelle pour aller les chercher, mon petit frère était venu me prévenir d'un attentat qui avait eu lieu à New York, il me parlait d'une grande tour qui avait été attaqué. Je n'avais jamais entendu parler du Wall Trade Center, donc pour moi, je voyais le building de King Kong, l'Empire State Building, sous les flammes.

Je récupère les gamins, et j'allume la télé pendant que je les garde, je crois avoir entre temps eu un appel des parents, qui me prévenaient de la situation et me disaient qu'ils allaient rentrer plus tôt.

J'ai allumé la télévision, et ai vu ces images, apocalyptiques, incroyables, qui défilaient (bon, je découvrais en même temps les buidings, dans un sens j'étais et rassurée et déçue que ça ne soit pas celui du gorille géant, mais qu'importe...).

N'étant là encore pas du tout au fait des événements géopolitiques du moment (et même encore maintenant, j'avouerais que cela me semble encore très flou, et pas très compréhensible, peut être n'ai je pas assez étudié ce sujet en particulier), j'avais donc du mal à comprendre, là encore pourquoi tant de sang, de blessés et de morts.

Les parents arrivent, et nous restons là, coi, devant l'écran, moi, assise sur le tapis du salon, les enfants dans la chambre, à jouer, la mère debout fixée sur le chaos.

Ce fût étrange, si proche et si lointain à la fois. Bien sûr, nous en parlions toutes à l'école, mais nous comprenions peu les implications, les origines, et tout le reste.

 

Aujourd'hui, j'ai comme la sensation d'être une enfant des bombes. 

 

2014:

 

 

Une enfant des bombes

Aujourd'hui, je ne sais plus, la menace semble être présente est-ce juste une réalité ou est-ce une vue de mon esprit angoissé? 

Je sens de l'agressivité de toutes parts, de l'angoisse qui monte partout, la paranoïa qui touche de plus en plus de gens. Certains font des amalgames ce qui crée encore plus de tensions, d'autres jouent là dessus, sans doute une provocation adolescente pour une bonne partie. Quoi de mieux pour emmerder les parents?

Je sais aussi que la France n'a pas eu de guerre sur son territoire depuis longtemps, que les humains ont passé l'histoire de l'humanité à s'entretuer.

Les médias nous envoient des images de décapitation à foison, de meurtres, de viols, ils créent une ambiance qui ne peut nous rassurer.

Comment savoir? Entre les tensions en Europe de l'est, entre HK et Pekin, entre la Chine et le Japon, entre l'Inde et le Pakistan, et là, je ne parle même pas de l'EI (ou nommez le comme bon vous semblera).

 

 

Une enfant des bombes

J'ai eu un grand père passionné par les guerres de 14 et napoléoniennes, un père qui a fait son service militaire en Guyane, autrement dit à côté des troupes de la Légion, mon ex était avec son meilleur ami passionnés d'histoire: Dien Bien Phu, en particulier, la Seconde Guerre Mondiale, son meilleur ami a d'ailleurs fini à Science Po avec l'option Stratégie Militaire et s'est spécialisé dans le monde arabe (il venait d'une famille de haute tradition militaire avec des généraux, un nom bien connu dans l'histoire française). 

Mon ex beau-père était militaire, chez les pompiers, avec des missions aux quatre coins du monde lors des catastrophes naturelles, aujourd'hui il travaille pour le ministère de la sécurité civile. Mon frère est passionné par les guerres modernes, quant à moi, je me suis toujours intéressée au côté sombre de l'humain, ses déviances, la criminologie, les déviances sexuelles, les crimes de guerre, avec un intérêt particulier pour le Viol de Nankin et le camp 731 en Mandchourie, le Japon contre la Chine pendant la Seconde Guerre Mondiale (mais aussi les exactions japonaises sur le Vietnam, la Corée, ...).

 

J'ai entendu beaucoup parler de tous ces conflits, des horreurs dont l'humain est capable, en toute conscience, volontairement, pour de vraies causes, pour des causes fictives ou pour son plaisir personnel.

J'ai vu lors de mon stage de 3 ème à l'Etat Major des Pompiers de Paris, des photos, des centaines, des milliers, de corps déchirés, déchiquetés, de cadavres dans des suicides, des accidents, des catastrophes naturelles, les images et les vidéo que prenaient mon beau-père pour les archives de l'Etat Major. J'ai vu la fragilité du corps humain, je connais la folie humaine, pour l'avoir étudier, et parfois vécue. Je connais l'expérience de Milgram, et les dernières études que l'on a faite dessus.

Je sais que l'humain n'a pas de pitié pour son prochain.

Je me souviens, petite, d'une exposition que j'ai faite avec mon grand-père aux Invalides, nous avions visité les lieux, et il y avait une exposition temporaire sur les tortures des camps de concentration, des wagons de corps empilés, sans bras, ni tête, des objets de torture étaient exposés, des résumés de recherches de Mengele.

Des choses extrêmement similaires avec ce qui s'est produit dans le camp 731 en Mandchourie, avec les Maruta (les cobayes chinois).

Je sais que la folie humaine est contagieuse, que nous obéissons aveuglément à partir du moment où nous avons été manipulé comme il le faut.

Je ne sais pas si ma peur est basée sur de réelles raisons ou si ma surdose de lecture et d'études sur le comportement humain principalement en temps de guerre n'ajoute pas à mon angoisse.

Je ne sais pas ce qui va se produire dans les mois ou les années à venir, j'espère juste que le monde ne fera pas les mêmes erreurs qu'il a pu commettre tout au long de son histoire, malheureusement, je ne suis pas quelqu'un d'optimiste...

 

XXX 

Venus

Rédigé par Venus Velvet

Publié dans #Vie

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Ying 01/10/2014 18:17

Tu es sur paris, en plus, le risque d'attentat et grand la ou tu te trouves, s’est vrai. Je suis pas rassurant ce coup si, pour le pays je ne voie pas de risque plus grand que cela.

Venus Velvet 07/10/2014 17:31

Je pense aussi, bon, la crise de paranoïa s'est estompée, donc, elle devait être dû en grande partie à la spasmophilie, mais bon, mieux vaut être prudente car en effet, je ne vois pas faire un attentat dans un coin paumé de la campagne normande ou autre.