Interview d'Hanael: "La somme de mon expérience personnelle est (..) assez positive."

Publié le 23 Novembre 2014

Voici donc la première interview de ce petit projet sur l'activité de modèle. Hanael a souhaité rester anonyme, je respecterais donc ce choix que de ne divulguer que le pseudonyme qu'elle a choisi.

Chacune de nous a sa vision propre du métier, et je souhaitais partager ces diverses expériences, ces différents parcours, montrer un peu l'envers du décor. Les bonnes ou les mauvaises choses, et offrir aux lecteurs un autre point de vue que le mien, qui est parfois un peu trop révolté.

Je vous laisse découvrir ici Hanael et suivre le chemin que celle-ci trace actuellement.

Bonjour Hanael, pourrais-tu te présenter ?

Je suis une jeune modèle alternative résidant en région parisienne. J’ai vingt-deux ans.

Quel a été le cheminement qui t'a mené à devenir modèle et quel a été ton parcours dans ce domaine (freelance, agence, amateur, pro,...) ?

Touche à tout, je réalise des retouches photos, des montages vidéos et des compositions audios depuis que j’ai 12 ans. En tant que modèle, je réalise des photos à titre amateur depuis trois ans. Cela fait seulement un an que je dispose d’une page Facebook ce qui me permet d’élargir mes compétences en expérimentant différents types de collaborations avec un panel de photographes varié.

Quelles étaient tes limites lorsque tu as débuté dans ce milieu (lingerie, topless, nu,...) et ont-elles changé au fil du temps ? Si oui, pourquoi ?

Mes limites étaient au début la nudité, partielle comme totale. En travaillant avec des photographes qui sont parvenus à me mettre en confiance, tout en ayant eu plusieurs expériences professionnelles en tant que modèle free-lance, j’ai réalisé que la nudité ne se résumait pas seulement à l’érotisme ou à la pornographie.

D’autre part, il me semble important, en temps que femme, de participer avec réflexion et prudence, à la démarche généralisée qui tends à faire accepter la nudité de la femme autrement vue que comme un simple objet sexuel.

La nudité de la femme dévoile les forces et les vulnérabilités des multitudes de corps féminins, d’ordinaire dissimulés (voir niés) derrières certains types de vêtements occidentaux (je parle ici en terme de généralités). En temps qu’artiste, et plus encore en temps que femme, je pense qu’il est nécessaire de véhiculer une image positive de la nudité des différents corps féminins. La nudité mise en scène, le corps de la femme dévoilé dans le contexte artistique, peut contribuer à faire évoluer les mentalités en éduquant le regard du spectateur vers une vision plus « apaisée » du corps.

Je n’ai toujours pas produit de nus, faute de temps (et un peu de courage, il faut l’admettre). Mais aujourd’hui je suis fière de pouvoir affirmer que je regarde sans aucune condescendances ni amertume les travaux des autres photographes et/ou modèles qui travaillent le nu. A titre personnel, cette réflexion sur le nu m’a enrichi au plus haut point, j’espère pouvoir offrir cette matière à réflexion en m’exposant nu dans d’éventuels futurs travaux.

J'imagine à la vue de ma propre expérience, et de l'époque dans laquelle nous vivons que tu devais avoir des books onlines. Par quel média te contactait-on le plus souvent ?

Je dispose depuis un an d’une page Facebook. Je l’emploi comme un CV en ligne, garant de ma « crédibilité » en ce qu’il établit les lignes directrices de mon travail et mes recherches sur les différents thèmes qui me tiennent à cœur.

Travaillais-tu de manière rémunérée ou en « Poses contre photo ? »

Je travaille en collaboration mais lorsque l’occasion se présente il m’arrive de signer des contrats occasionnels auprès d’agences. Ces expériences ponctuelles m’ont énormément apportée sur le plan personnel, bien plus que sur le plan pécunier.

En ce qui concerne tes shootings, te présentais-tu seule, accompagnée, etc ?

Je suis généralement seule mais à mes débuts j’étais constamment accompagnée par un membre de ma famille. Après m’être fait quelques contacts, je me suis faite accompagnée sur des shootings par des amis photographes, ou makeup-artist, voir hairstylist.

Quand j’ai un doute sur la nature des intentions exactes d’un photographe, je m’abstiens généralement de prendre un engagement définitif auprès de cet artiste, peu important sa renommée, prétendue ou avérée.

As-tu déjà reçu des propositions dérangeantes, dégradantes ou avilissantes lors de ces premiers échanges avec les photographes ?

Oui plusieurs tentatives (via e-mails interposés) pour me proposer des shootings rémunérés axés autour de la pornographie, de l’échangisme ou de forme de fétichismes divers. Alors même que je précisais sur ma page que je n’acceptais pas ce type de propositions, cela n’empêchait pas ces « artistes » de me solliciter, sans pour autant que cela ne vire au harcèlement. Je suis vraiment scandalisée par le fait que certaines personnes cherchent à tirer profit de la naïveté de certaines modèles débutantes, surtout quand il s’agit de mineurs.

Pourrais-tu me décrire un « shooting-type » pour avoir une idée un peu plus précise de ton activité ?

Pour un shooting lambda, je prends contact avec un ami photographe ou un photographe que je démarche pour une collab. Nous convenons d’une date, d’un lieu et enfin d’un thème. Tout cela doit être mis au point parfaitement pour que tout le monde sache ce qu’il retirera de ce shoot en matière d’expérience. Puisque cela demande toutes sortes d’investissements (ne serait-ce que pour le déplacement), il est important que le rendez-vous soit planifié et que les deux parties honorent de bonne foi leurs engagements.

Je me prépare le plus souvent sur place pour éviter de déplacer en public vêtue de manière trop décalée, pour mon confort personnel (pour ne pas abîmer ma tenue ou mon maquillage) ainsi que pour ne pas attirer l’attention d’éventuels « emmerdeurs ».

Ensuite la séance a lieu en fonction des contraintes de chacun elle prend fin lorsqu’on vient à bout de notre projet ou que la deadline l’impose.

Ensuite chacun repart chez soi, le photographe précisant généralement le temps qu’il lui faudra pour traiter les photos de cette séance. Ce temps peut être très réduit quand je m’occupe de la post-production/retouche puisque le photographe m’envoie les photos brutes, mais ce cas de figure reste exceptionnel, peu de photographes acceptant que les modèles retouchent leurs travaux.

T'es-tu déjà retrouvée dans une situation qui t'a mise mal à l'aise, où tu t'es sentie en danger ou bien as-tu réellement vécue une expérience traumatisante lors de ton parcours ?

Non j’ai absolument tout fait pour prévenir et éviter ce type de situations.

Une fois cependant je me suis faite « piéger » par un photographe qui a « disparu » dans la nature pour ne plus jamais me recontacter suite à un shoot « mode » somme toute très banal (sans que je puisse craindre qu’il réutilise ses photos pour me faire chanter puisqu’il ne s’agit pas de nu ou d’érotisme). J’attends d’avoir un jour de ses nouvelles, ou de le voir oser employer ces photos sans mon accord : il recevra l’assignation en justice qui lui est due. Les modèles devraient être informées de leurs droits relatifs au droit à l’image. C’est toujours un immense avantage pour éviter de subir les éventuels chantages de photographes peu scrupuleux.

Pourquoi as-tu décidé de poursuivre/ d'arrêter la photographie ?

Je poursuis mon parcours, néanmoins, je m’investis avec plus de précautions et éparpille beaucoup moins mon énergie. Je préfère travailler avec des photographes que je connais et en qui j’ai confiance plutôt que de recherche de nouveaux artistes.

Ta vision du monde de la photographie de modèle a t-elle évolué depuis que tu le fréquentes de l'intérieur ?

J’ai vraiment apprécié m’observer devenir bien plus apaisée et plus tolérante à l’égard d’autrui. C’est une expérience extrêmement enrichissante humainement qui m’a aussi permis de réaliser plusieurs petits rêves en matière d’urbex.

Cette expérience comme modèle a t-elle eu une incidence sur ta vie quotidienne ?

Etant de nature organisée cette activité a eu peu d’impact sur mes semaines. J’organise mes shootings uniquement sur des périodes d’inactivités. Il m’arrive de faire exception et de shooter en week-ends. Dans ce cas je dois ménager le temps que je partage avec ma famille et le temps que je compte consacrer à ma passion.

Selon toi, comment sont perçues les modèles photo que cela soit par le public en général, par les photographes et même par les proches et la famille ?

Je suis assez divisée sur la question étant donné que ma famille accueille toujours mes caprices et mes excentricités avec beaucoup de bienveillance.

Si je n’étais pas capable d’en faire autant avec celles des autres, aujourd’hui, je suis heureuse de pouvoir apprécier l’univers des autres modèles sans nécessairement porter d’appréciations qualitatives (basées sur le « beau » conventionnel, universitaire et académique) sur les travaux.

Je sais qu’un certain public (adepte du bashing et de la critique sporadique) se réjouie du spectacle que leurs offrent certains travaux de modèles, débutantes ou non. J’imagine –sans avoir été confrontée directement à ce type de personne – que je fais au même titre l’objet de critiques et de sarcasmes… Ce type de réactions critiques est plutôt inévitable et je les entends pour ce qu’elles sont.

Je reçois de temps à autres des compliments attentionnés relatifs aux photos que je poste sur ma page Facebook. S’ils m’encouragent et me donnent l’impression que mon travail est inspirant, je n’oublie jamais qu’il est le fruit d’une collaboration avec un artiste photographe qui a prêté son objectif à l’élaboration d’un projet commun.

La somme de mon expérience personnelle est donc assez positive.

Enfin, quels sont les conseils que tu aimerais donner aux demoiselles qui décident de se lancer dans cette activité ?

Souvent je brûle d’envie d’écrire un petit FAQ voir de filmer un « tuto » sur la question du droit à l’image pour les modèles (même en dehors de tous contrats). Mais aujourd’hui, je suis convaincue que rien ne vaut se renseigner par soi-même. Si j’avais un conseil à donner aux modèles souhaitant débuter c’est celui de se renseigner sur la législation en vigueur. Ainsi, elles ne seront pas à la merci des prétendus « connaisseurs » et des photographes malveillants qui tirent profit de l’ignorance de certaines modèles.

Par Pascal Cheron

Par Pascal Cheron

Rédigé par Venus Velvet

Publié dans #Interviews

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Ying 23/11/2014 13:31

J'aime beaucoup,ainsi que les idées de la modèle et sa façon de voir les choses.