Interview Jellyka: "J'avais quelque chose à me prouver"

Publié le 24 Novembre 2014

Voici la suite de mon "petit projet", et l'interview de Jellyka, contrairement à Hanael, les histoires sont différentes. C'est d'ailleurs cela qui m'intéressait, je souhaitais montrer de la diversité que cela soit dans les pratiques, mais aussi dans les manières de vivre cette activité.

Je vous laisse découvrir son parcours et ses ressentis.

Bonne lecture

Venus

XXX

Bonjour Jellyka, pourrais-tu te présenter ?

Bonjour. Je m'appelle Jellyka, j'ai 20 ans, et je suis modèle « alternatif » en région lyonnaise. En parallèle de ça, je suis opératrice de pompes funèbres.

Quel a été le cheminement qui t'a mené à devenir modèle et quel a été ton parcours dans ce domaine (freelance, agence, amateur, pro,...) ?

J'ai une amie modèle, que j'ai connu il y a environ trois ou quatre ans. Je trouvais ses photos très jolies mais de mon côté, je n'avais même jamais pensé à faire de la photo, j'estimais que ça n'était pas vraiment pour moi. Et lors d'une semaine passée chez elle, à l'occasion de mon anniversaire, elle m'a offert un shooting pin up avec une photographe de sa connaissance. Je me suis éclatée. Et à force de publications des photos, j'ai commencé à être contactée, un peu, beaucoup. La machine était lançée.

Quelles étaient tes limites lorsque tu as débuté dans ce milieu (lingerie, topless, nu,...) et ont-elles changé au fil du temps ? Si oui, pourquoi ?

Mes limites s'arrêtaient au topless. Je ne saurais pas vraiment dire pourquoi, disons que pour mes débuts, poser nue ne m'intéressait pas vraiment.

Si c'est le cas : Pourquoi as-tu accepté de faire du nu ? Quelle était ta motivation pour te dévoiler face à l'objectif, au photographe mais aussi à la vue du public en général ?

Mon premier nu à été fait à l'occasion de mon premier set Pinuprincess, site pour lequel je suis égérie. Le shooting était axé plutôt aguicheur, sans qu'on ne voit rien d'autre que ma poitrine (Dans le nu, mes limites sont là. Pas de plan « gynécologique », je refuse qu'on voit mon intimité en détails), je ne peux donc pas vraiment dire que c'était pour le côté « artistique » de la chose. A vrai dire, je crois qu'en un sens j'avais quelque chose à me prouver. J'ai été souvent taclée inutilement sur mon poids, ma silhouette, ma petite poitrine, mais aussi mon physique en général, et poser nue était en quelque sorte une petite revanche vis à vis de tout ceux qui m'avaient craché dessus, une façon de leur dire « Voilà, maintenant, vous pouvez tous aller mourir ». A l'heure actuelle, par contre, j'ai arrêté le nu, car même en variant les thèmes, c'est quelque chose qui m'a lassé. J'ai fait du nu artistique également, mais ce n'est plus quelque chose qui me correspond.

J'imagine à la vue de ma propre expérience, et de l'époque dans laquelle nous vivons que tu devais avoir des books onlines. Par quel média te contactait-on le plus souvent ?

Principalement par Facebook. Après, j'étais parfois contactée par mon book.

Interview Jellyka: "J'avais quelque chose à me prouver"

Travaillais-tu de manière rémunérée ou en « Poses contre photo ? »

Je marche à la collaboration, qui me laisse la liberté de pouvoir choisir pour qui et pour quoi je pose. Je déteste aller aux shootings à reculons sous prétexte qu'on me paye pour ça.

En ce qui concerne tes shootings, te présentais-tu seule, accompagnée, etc ?

Tout dépend. Si je connais le photographe de réputation, s'il a déjà photographié des filles que je connais ou s'il a quoi que ce soit qui peut me prouver qu'il n'est pas un espèce de psychopathe en puissante, je peux me permettre d'y aller seule. Si j'ai le moindre doute, j'amène quelqu'un avec moi.

As-tu déjà reçu des propositions dérangeantes, dégradantes ou avilissantes lors de ces premiers échanges avec les photographes ?

Oui, surtout quand j'ai commencé à faire du fetish. Beaucoup faisaient l'amalgame entre « Modèle fetish » et « Soumise ou domina ». D'ailleurs, on m'a souvent fait le reproche de poser en latex mais de refuser tout type d'échange quant au BDSM en général. J'estime ça normal, je fais de la photo, mais pour le reste, fichez moi la paix.

Pourrais-tu me décrire un « shooting-type » pour avoir une idée un peu plus précise de ton activité ?

En premier lieu, il faut absolument que le feeling passe entre le photographe et moi. Je n'arrive pas à me détendre et à poser « correctement » pour un photographe avec qui je ne m'entends pas (Ou avec qui je me sens mal à l'aise). Il m'est déjà arrivé de stopper un shooting au bout d'une heure à peine car l'ambiance était devenue pesante et que je ne prenais plus aucun plaisir à poser. A partir du moment où ça passe avec le photographe et que son travail me plaît, en fonction des disponibilités on cale une date et c'est parti. Chaque shoot est différent, ce pourquoi je ne peux pas vraiment décrire un « shooting type ». Mais le point que j'ai cité est primordial (selon moi).

T'es-tu déjà retrouvée dans une situation qui t'a mise mal à l'aise, où tu t'es sentie en danger ou bien as-tu réellement vécue une expérience traumatisante lors de ton parcours ?

Je suis une fois tombée sur un photographe qui m'avait démarchée. Une fois en face de lui, il m'a dit clairement qu'il me trouvait trop petite, et que je n'étais pas aussi fine que ses modèles car « Moi mademoiselle, je ne photographie que des modèles d'agence ». Hors, mes mensurations sont écrites sur mon book qu'il disait avoir visité.J'ai pris mes affaires, et je suis partie. Il m'a envoyé deux pauvres photos retouchées que je n'ai jamais sorti.

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Pourquoi as-tu décidé de poursuivre/ d'arrêter la photographie ?

Pendant un moment, j'ai souhaité tout arrêté, parce que le milieu me répugnait. Posant en plus pour quelques projets fetish, j'ai malgré moi côtoyé ce petit monde qui s'est fait une joie de me pourrir parce que je suis toute jeune, et que j'ai eu la chance de rencontrer quelqu'un qui est devenu un très bon ami maintenant qui m'a guidée dans ce milieu. Beaucoup ne trouvaient pas ça normal, et certains sont allés très loin pour me nuire, jusqu'à me faire perdre mon travail. Mais au final, je me suis ravisée. J'ai pris de la distance avec tout ça, j'ai fait une pause qui m'a permis de faire le point, et j'ai repris doucement les séances. Mais, ça n'a pas été facile.

Ta vision du monde de la photographie de modèle a t-elle évolué depuis que tu le fréquentes de l'intérieur ?

Oh, oui. Je me suis rendue compte que malgré les belles rencontres que j'ai pu y faire, ce milieu restait profondément merdique. On se crache dessus, tous, même entre amis, c'est aberrant. Pour me tenir éloignée de tout ça, j'ai tout simplement décidé de ne plus fréquenter les modèles, et de zapper radicalement tout ceux qui pourraient risquer de me freiner, comme tout ceux qui se fient aux « on dit », et les colportent.

Cette expérience comme modèle a t'elle eu une incidence sur ta vie quotidienne ?

Plus ou moins. Comme cité plus haut, suite à de grosses jalousies et de sombres conflits entre quelques modèles et moi, j'ai perdu mon travail de l'époque. Outre ça, sentimentalement parlant j'ai eu un peu de mal, parce que les hommes me voyaient uniquement comme « modèle photo » donc comme « fille inaccessible » ou « fille facile » et ne s'attardaient pas sur moi. Mon copain actuel a d'ailleurs parfois un peu de mal a accepter ma condition de modèle, mais c'est quelque chose dont on parle plutôt régulièrement, c'est un détail qui se gère parfaitement.

Selon toi, comment sont perçues les modèles photo que cela soit par le public en général, par les photographes et même par les proches et la famille ?

Tout dépend de l'ouverture d'esprit de chacun. J'ai trop de fois entendu que les modèles étaient des filles avec un gros problème d'ego, ou de simples Marie couche toi là. Que beaucoup d'entre nous faisaient ça pour attirer l'attention sur elles, qu'elles étaient narcissiques, et j'en passe. Il y en a sûrement qui le sont, comme partout. Pour les proches et la famille, c'est une autre histoire. Certaines auront la chance d'avoir une famille qui l'acceptera, d'autres devront s'armer de très bons arguments. Moi, je n'ai pas eu ce problème, j'ai eu de la chance.

Enfin, quels sont les conseils que tu aimerais donner aux demoiselles qui décident de se lancer dans cette activité ?

Ne vous fiez pas à tout ce qu'on pourra dire sur vous, car vous entendrez le meilleur comme le pire. Mettez des œillères, et avancez. Et surtout, « bonne chance » ;)

Interview Jellyka: "J'avais quelque chose à me prouver"

Rédigé par Venus Velvet

Publié dans #Interviews

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Ying 25/11/2014 13:11

Impressionnant,de savoir se qui se passe de l'autre coté du miroir.Je suis très intéresser,d'en apprendre plus :D