Six feet under

Publié le 2 Novembre 2014

Je ne sais pas pourquoi j'ai fait ces photos ce matin, j'avais sans doute envie de passer un peu le temps dans un moment de débrumage de pensées post réveil.

Cela va paraître prétentieux, mais ça n'est pas l'idée, hier soir, je regardais les photos de Sally Mann que j'aime énormément, dont sa série sur la Ferme des Corps (vous savez les lieux où l'on étudie la décomposition des cadavres dans un milieu plus ou moins naturel, en incluant les intempéries, les animaux sauvages, etc...), bref, c'est une série (en partie) très belle, très dure, à ne surtout pas mettre entre toutes les mains principalement en cette période de censure sauvage dans le domaine de l'art en France (je n'ai pas l'habitude de me battre pour l'art contemporain, que j'avoue ne pas comprendre et ne pas aimer en grande partie, mais les bigots m'enragent encore plus, principalement ceux qui savent ce qu'est un plug anal... enfin bref).

Je disais donc que c'est une photographe que j'aime beaucoup, qui traite des thèmes qui me tiennent à coeur comme l'enfance, l'adolescence et la perte de l'innocence, de la violence invisible qui croît en nous au fil des années qui passent, des métamorphoses physiques et psychiques de l'humain au cours du temps, mais aussi de l'aspect de la fin de la vie, ce que nous devenons, ce que nous ne sommes plus et ne serons plus jamais.

Le corps qui part en lambeau, comme sacrifié aux bêtes et aux humeurs de la Nature, du temps... Le fait que nous ne sommes plus rien, nous ne sommes plus ces enfances libres que nous avons été, nous ne sommes plus ces adolescents qui ne pensaient pas aux lendemains, nous ne sommes même plus cette peau usée et flétrie qui nous signale lentement que le chemin vers la tombe est proche.

J'aime l'utilisation de son noir et blanc, l'usage du collodion humide, qui fait de chaque photo un éclat de rêve, un fragment de souvenir...

Je sais parfaitement aussi le débat qui anime certains quant à la pédophilie que certains semblent percevoir à travers ses clichés, images travaillées longtemps et longuement, car prises à la chambre (appareil photo nécessitant un long temps de pose), la nudité de ses filles, de ses enfants...

Je ne peux dire qu'une chose, on y voit surtout ce que l'on souhaite y voir... Chacun verra midi à sa porte.

Je pense que mes idées, mes pensées sont assez souvent apposées ici, mes mots sont souvent crus, durs, parfois métaphoriques, parfois plus poétiques, mais le fond est toujours le même, je défend la femme, l'enfant et la sexualité, le refus de l'asservissement sexuel.

Je connais mes mots, je connais les causes, les vies, les passés, je connais mon sujet, du moins je tente de le connaître le mieux possible. D'un autre côté, comment pourrais-je le connaître mieux?

Je ne sais pas, mais à travers ces images de morts, de corps décharnés, de lèvres putréfiées où dents apparaissent comme tant de perles ivoires, où orbites ne sont plus que des fenêtres vers le néant, je ne vois pas l'horreur, je vois aussi la beauté de ce passé qui fût, de cette existence qui a été, ... Ou pourquoi pas aussi, la vengeance qui fût faite.

Ces deux stupides photos de pieds, sont donc, sans y avoir réfléchi pourtant sur l'instant, et fait avec les quelques réglages disponibles sur Instagram, un certain hommage à son travail, j'aurais aimé un noir et blanc plus teinté, du flou moins artificiel et moins pur, mais de ces pieds vivants, à la peau translucide où quelques ramures veineuses ressortent, de ces pieds qui sous un angle particulier, sous des lumières et des contrastes particuliers semblent aussi paraître sous la voie de la disparition.

Je pourrais presque y voir l'étiquette accrochée.

Nous sommes vivants mais nous sommes morts, n'oublions pas l'instant présent et le passé qui nous a mené là où nous en sommes, de même que ce futur que nous ne pourrons fuir.

Six feet under
Six feet under

Rédigé par Venus Velvet

Publié dans #Divagations

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