A ma chère et tendre...

Publié le 13 Décembre 2014

Parfois certains sons, certaines musiques font remonter les souvenirs.

Le coeur se brise alors pour laisser place aux sensations du passé, aux souvenirs qui semblent dater d'hier.

Une sorte de douleur acide s'infiltre alors au sein de mon ventre, me rappelant toutes ces années passées près de toi, et toi près de moi. Toutes ces années qui nous ont séparé aussi, des continents différents, des mots et des langues qui n'étaient plus les mêmes...

Je garde près de moi sans les relire ses pages adolescentes, pleines de couleurs et de dessins dans les marges.

Ces missives que nous attendions impatiemment lorsque le téléphone coûtait alors trop cher et que les correspondances virtuelles n'étaient pas encore aussi répandues qu'aujourd'hui.

Je me souviens de nos débuts, de nos erreurs de jeunesse, des folies dans lesquelles le plus souvent je t'entraînais...

Je me souviens de ce jour devant le collège, le dernier jour des cours, le jour où tout le monde savait que tu allais alors partir, loin, pour une durée indéterminée, mais longue c'était la seule certitude...

Je me souviens que tu m'as reproché de ne pas pleurer, et que mes larmes qui ont fini par couler, tu les as analysé comme une trahison, une manière de garder la face de faire comme tout le monde...

Cela m'a blessé que tu ai pensé cela, tu me connaissais déjà bien, et tu sais à quel point il est difficile pour moi de montrer mes faiblesses et mes sentiments en public, cela est sans doute pour moi la pire des défaillances.

Si mes larmes ont coulé ce jour-ci ça n'est pas pour les raisons que tu as toujours crû, juste sans doute était-ce car c'était la "larme qui faisait déborder le vase", mon vase déjà bien rempli, que je pouvais me laisser aller à cette immonde faiblesse que je n'ai jamais supporté pour moi même, mais qui me faisait chavirer le coeur sur toi.

Nous étions à nous deux le jour et la nuit, l'été et l'hiver, un paradoxe bicéphale, une entité contraire et qui pourtant était tant en phase.

Les temps ont passé, tu es partie, loin, très loin d'ici, parfois quelques incursions, toujours trop courtes, toujours mêlant une joie infinie et une peine immense sachant que ton départ serait à nouveau bien trop rapide.

Nous avons vécu notre adolescence loin l'une de l'autre, grandissant dans des milieux différents, dans des lieux qui n'avaient que peu en commun, et malgré tout, nous avons toujours survécu, nous avons tenu tout ce temps...

Nous ne nous sommes pas perdues, malgré quelques difficultés parfois.

Tu étais ma chère et tendre, et moi, je pense ne jamais l'avoir été, je n'ai jamais été tendre, tu étais pourtant sans doute celle à qui je me suis le plus ouverte.

Mon coeur tout entier était pour toi, ma chérie...

Longtemps nos familles n'ont vu dans nos amours adolescentes autre chose qu'une simple amitié, elles nous pensaient ensemble.

C'était en effet un parfait, ou presque parfait amour que nous filions, mais malgré tout ils se trompaient. L'amitié peut parfois être aussi fort qu'un amour conjugal, pourquoi les sentiments devraient-ils être moins forts lorsque le sexe est absent?

Je n'ai jamais eu de désir pour toi, de cela j'en suis sûre, j'aime les hommes, certains temps un peu trop... mais mon amour pour toi a toujours été présent...

Nous nous voyions comme des soeurs, des âmes soeurs, des meilleurs amies, moi la mère, toi la fille, en résumé un amour, qu'importe les mots que l'on doit mettre dessus... Pourquoi devoir toujours expliquer les choses, alors que parfois le ressenti seul suffit.

Et puis les temps ont changé...

Nos amours masculines ont pris le dessus, se sont immiscées entre nous, dans nos vies, nous avons changé, alors que tu étais revenue, que tes pas t'avaient porté près de moi, enfin, après tant d'années...

Une abominable époque, pour toi, comme pour moi... Mais au final un rapprochement, que j'ai béni...

Egoïstement, j'étais heureuse de ton retour en France, même si les circonstances de ton retour n'étaient pas sans douleur...

Et puis, nos vies se sont suivies quelques années encore, puis nous avons changé.

Moi, plus dure que jamais, froide et d'apparence insensible, cette carapace d'acier trempée que j'aime à montrer, le meilleur moyen que j'ai trouvé pour me protéger, et toi, toujours aussi sensible, mais qui comme à ton habitude persistais à le montrer, sans fausse pudeur, sans honte.

J'ai eu peur pour toi, peur que tu échoues, peur que tu te blesses en chemin, ne te pensant pas assez forte pour les choix que tu faisais.

Je jugeais, tes actions, tes décisions, mon discours moralisateur se faisait plus fort à chaque fois que je te sentais t'éloigner un peu plus de moi, que je sentais que je perdais ta confiance.

J'avais une peur immense qui me rongeait les sangs, peur que tu chutes, et que tu ne puisses plus te relever.

J'ai toujours souhaité te protéger, même contre ton gré, j'avais le rôle que tu m'avais donné, et que j'avais accepté avec plaisir: mère de substitution.

Je n'ai pas compris ce revirement, ces changements, ces conseils que je te donnais, et que tu repoussais d'un revers de main, donnant mon rôle que j'avais conservé tant d'années à un homme, à ton homme...

J'étais profondément jalouse, et je te voyais t'enfuir loin de moi, cracher sur mes inquiétudes...

J'ai alors encore plus durci le ton, pensant peut être te faire réagir, dans un dernier sursaut, espérant que tu reviennes, comme une mère qui ne sait plus quoi faire lorsqu'elle estime que son enfant est en train de prendre son envol.

J'ai balancé des horreurs, et toi aussi en retour.

Aujourd'hui j'alterne les jours où je te hais, et ceux où je te pleure...

Je ne sais plus sur quel pied danser... Je ne sais plus...

Je t'ai perdu, et bizarrement, j'ai comme la sensation que rien n'est perdu.

Pourtant, il y a quelques mois encore la balance après avoir hésité a choisi la disparition, un retour en arrière impossible...

Pourtant, je pense que de tous côtés, nous avons juste fini par oublier qui était l'autre... et nous nous sommes bêtement provoqué dans le but de changer les choses... Et nous avons réussi, dans le mauvais sens hélas.

I., malgré le temps, les années, les mois, tu me manques et je continue de penser à toi.

XXX

Venus

A ma chère et tendre...

Rédigé par Venus Velvet

Publié dans #Vie

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Ying 13/12/2014 16:25

Les choses ne sont jamais vraiment terminer a jamais,selon moi,a moins qu'on n'en soie vraiment persuader,sinon,qui sais .....