Interview Ludivine Maillard: " Est ce qu'un non aurait suffi ?"

Publié le 2 Décembre 2014

Voici la suite de mon petit projet d'interviews pour montrer l'autre côté de l'activité de modèle, je suis toujours intéressée pour avoir le maximum de témoignages, si cela vous intéresse, je vous propose de suivre ce lien pour en savoir plus et me contacter.

Bonne lecture

XXX

VenusXIII

Petit projet d'interviews - Les vaticinations de Vénus

http://venuskitchen.over-blog.com/2014/10/petit-projet-d-interview.html

Bonjour Ludivine, pourrais-tu te présenter ?

Avec plaisir ! Je m'appelle Ludivine Maillard, j'ai 19 ans d'ici quelques jours. Pour faire simple, j'ai fait un bac S, puis une MANAA (Mise à Niveau en Arts Appliqués, aka Prépa d'Art) et actuellement je suis une formation (DMA) pour devenir Costumière. Je réside maintenant à Paris, et je reviens de temps à autres sur Rouen.

Quel a été le cheminement qui t'a mené à devenir modèle et quel a été ton parcours dans ce domaine (freelance, agence, amateur, pro,...) ?

Déjà, je peux préciser que je suis modèle amateur et ce depuis 1 an maintenant. Je suis donc une jeunette !

Je pense que mon cheminement peut ressembler sur certains points à d'autres modèles : mal dans sa peau, désir de changer son image de soi et aux yeux des autres, originalité dans ma manière de vivre, et PAF ! Une rencontre avec un/des photographe(s). Bon évidemment, j'ai aussi toujours eu un attrait particulier pour la photo, j'ai fait partie d'un club par ailleurs et je continue parfois d'en prendre un peu, pour le plaisir de l'image, de l'esthétisme. (Dios mio! Je parle comme une Bobo !)

Quelles étaient tes limites lorsque tu as débuté dans ce milieu (lingerie, topless, nu,...) et ont-elles changé au fil du temps ? Si oui, pourquoi ?

Mes limites au début, hé bien c'était tout d'abord le fait que j'étais mineure ! Donc évidemment, pas de lingerie nu ou quoi que ce soit de « dégradant » pour mon âge et aussi pour le photographe, car c'est un respect mutuel.

J'étais assez axée sur le fait de faire quelques shoots -comme ça, à l'arrache-, sur mon style de l'époque très Harajuku-esque. Et puis j'ai grandi, et je me suis rendue compte qu'il m'était possible de demander à réaliser d'autres projets. Etant une grande amatrice des danseuses de revue, burlesque, lingerie & cie, j'ai décidé de faire des shoots lingerie mais également des photos beaucoup plus élaborées, à thème et construites. (Il s'en est passé des choses en un an!)

J'espère continuer d'évoluer et de grandir en maturité pour m'avancer sur de nouveaux projets, de nouveaux horizons.

Interview Ludivine Maillard: " Est ce qu'un non aurait suffi ?"

J'imagine à la vue de ma propre expérience, et de l'époque dans laquelle nous vivons que tu dois avoir des books onlines. Par quel média te contactait-on le plus souvent ?

Je n'ai pas encore fait de book.fr (mais cela ne saurait tarder au vu de l'aspect plus professionnel), mais j'ai une page sur Facebook, et je tire des exemplaires des meilleurs clichés pour me faire un vrai book, oui oui, qu'on peut toucher avec les doigts.

On me contacte donc bien souvent sur Facebook, mais parfois dans la rue également. Par connaissance, ça marche aussi.

Travailles-tu de manière rémunérée ou en « Poses contre photo ? »

Pour l'instant, je n'estime pas avoir de book assez complet pour prétendre à des séances rémunérées, quoi que certains photographes qui n'enrichiraient pas mon book se sont vus proposer ce type de séances : après tout, je suis libre de choisir mon image, non ? Donc plus généralement, je travaille en pose contre photos. C'est le meilleur moyen de se créer de bons contacts, qui pourront d'ailleurs être bénéfiques dans ma vie professionnelle (voir plus haut).

En ce qui concerne tes shootings, te présentes-tu seule, accompagnée, etc ?

J'aime y aller seule, parce que je suis un peu timide et qu'être accompagnée d'un(e) ami(e), ça contraint le photographe à nous entendre jacasser sans pour autant participer à la conversation. Je préfère donc prendre le temps d'y aller seule et d'être en « tête à tête » face à l'équipe avec laquelle je suis supposée travailler.

Interview Ludivine Maillard: " Est ce qu'un non aurait suffi ?"

As-tu déjà reçu des propositions dérangeantes, dégradantes ou avilissantes lors de ces premiers échanges avec les photographes ?

Oui ! Ça m'est arrivé d'avoir d'étranges propositions, mais la plus marquante a été celle d'un photographe avec qui je pensais avoir noué quelques liens, qui finalement ne voulait -pardon d'être crue- que mes fesses, et qui pour se « rattraper » m'a joliment proposé de faire du « Porn Art ». Seule ou avec lui. Si si, je vous jure. Et même pas honte, le type.

Pourrais-tu me décrire un « shooting-type » pour avoir une idée un peu plus précise de ton activité ?

Après avoir tout préparé (tenue, make-up, lieu, thème etc), on se donne rendez-vous et j'arrive en retard car j'ai réellement un souci avec le timing. Mea Culpa. Ensuite, on discute, parce qu'être à l'aise sur les photos, c'est carrément mieux, et puis aussi parce que je suis un peu gênée quand je ne connais pas la personne. On prend des photos, soit je prend des initiatives soit je suis les indications du photographe, on fait ça jusqu'à avoir eu ce que nous souhaitions et puis on rentre. Après, je rentre chez moi et je me mets en pyjama, parce que contrairement à ce que l'on peut en penser, c'est difficile et contraignant comme activité. Il faut penser à son attitude, sa posture, son expression, les détails du vêtement.. et ça fatigue ! Alors bref, une fois rentrée, c'est chocolat-chaud-dodo. Je suis comme ça.

T'es-tu déjà retrouvée dans une situation qui t'a mise mal à l'aise, où tu t'es sentie en danger ou bien as-tu réellement vécue une expérience traumatisante lors de ton parcours ?

Oui, comme dit plus haut, celle avec le fameux ami-photographe. J'ai été extrêmement mal à l'aise. Je me disais « Si tu l'avais revu dans son studio chez lui, qu'est ce qu'il se serait passé ? Est ce qu'un non aurait suffi ? ». Mais en général, et parce que j'aime beaucoup préparer les choses, j'arrive à anticiper, et à refuser de voir telle ou telle personne.

Interview Ludivine Maillard: " Est ce qu'un non aurait suffi ?"

Pourquoi as-tu décidé de poursuivre/ d'arrêter la photographie ?

Je souhaite poursuivre car j'adore ce que je fais ! Monter des projets, les voir naître, c'est génial ! Et pour mon futur métier de Costumière, ça crée des liens, un carnet d'adresses qui pourrait être bien utile (dans les deux sens évidemment, pour eux comme pour moi).

Je ralentis pourtant car mes études passent avant tout. J'ai la chance d'étudier à Paris, d'être en école publique, d'accéder à des cours avec des personnes formidables et à des stages fantastiques (la semaine prochaine, direction le Moulin Rouge), alors oui, j'ai songé à arrêter, mais je ralentis seulement.

Ta vision du monde de la photographie de modèle a t elle évolué depuis que tu le fréquentes de l'intérieur ?

Enormément ! Passer de derrière l'objectif à devant tout d'abord a été un choc ! Je n'imaginais pas ce que ressentaient les modèles, je pensais que c'était naturel, inné ou facile, qu'elles se plaçaient là, et puis on prenait des photos, avant, je ne me souciais pas assez de l'aspect physique et psychologique du métier.

J'ai aussi grandi en terme de vision esthétique, je recherche la qualité, et encore la qualité, au dépit de la quantité ! Je pense qu'il me reste un bout de chemin avant de prétendre différencier le beau du reste mais j'ai déjà des préférences.

Et sinon, j'ai aussi appris (à mes dépens) que ce monde, c'est comme toute communauté : le gwak total ! Tout le monde se marche dessus, se tire les cheveux et essaie d'écraser les autres ! C'est complètement dingue de voir des modèles se crêper le chignon pour des thèmes qu'elles font chacune de leur côté et qui se ressemblent ! Ah, le fameux coup du « Tu n'as aucune inventivité, tu copies sur moi ! » Bon, je ne l'ai jamais entendu en étant visée, mais entre d'autres personnes oui. C'est assez choquant ce désir de rabaisser l'image de quelqu'un. Et même entre photographes, il y a beaucoup de rivalités.

Cette expérience comme modèle a t elle eu une incidence sur ta vie quotidienne ?

Oui ! Je radote mais mon idée de l'esthétisme a évolué, mon regard sur les personnes aussi. Parfois, et c'est en lien avec mon métier, je croise des gens et je les imagine portant une tenue sortie tout droit de mon cervelet et dans des situations qui pourraient donner lieu à de belles photos.

Et sinon, j'ai une meilleure image de moi maintenant. Plus réaliste. Et j'avoue bien aimer quand certaines personnes me reconnaissent et me disent apprécier mon travail. Par contre, quand c'est une cliente au travail qui vient te le dire devant tous les collègues, c'est assez gênant ! Pas négatif, oh que non, simplement je suis intimidée.

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Selon toi, comment sont perçues les modèles photo que cela soit par le public en général, par les photographes et même par les proches et la famille ?

J'ai parfois l'impression que la plupart des gens considèrent les modèles comme étaient considérées les actrices il y a quelques dizaines d'années : des filles à l'esprit léger, faciles, ou pire ! Mais d'autres sont impressionnés, respectueux.

Les photographes.. Hé bien cela dépend. Certains sont très très gentils et nous voient comme des êtres humains, qui font un réel effort pendant la prise de vue et qui ont une vie derrière, et certains.. Autant être directe, j'ai parfois l'impression d'être une vulgaire femme-objet, au regard des gens et de quelques photographes. L'impression de n'être qu'une image, qu'une machine qu'on tourne dans tous les sens sans la respecter et puis qu'on dégage.

Mais pour être franche, la majorité des personnes avec qui j'ai pu travailler sont des amours !

Pour la famille, c'est compliqué. La famille aura toujours un aspect protecteur envers son enfant, quitte à rejeter tout le côté enrichissant et artistique pour ne garder que l'idée que des pervers vont sauter sur le modèle comme des chats sur une souris (oui, j'aime les comparaisons). Ma famille a eu du mal, peut être a-t-elle toujours des difficultés avec ça. Malgré les remarques et disputes, ils me réclament parfois des photos en tirage pour les montrer. Ah, la pudeur familiale !

Enfin, quels sont les conseils que tu aimerais donner aux demoiselles qui décident de se lancer dans cette activité ?

Soyez réaliste. Il ne suffit pas d'avoir un joli minois, un corps de rêve ou des vêtements de luxe pour prétendre poser. Être modèle, c'est un travail qui n'est pas que pour soi. C'est un partage entre une équipe qui peut ne pas être simplement photographe-modèle mais avec maquilleurs, coiffeurs, stylistes etc. Être modèle, ce n'est pas parader et être vantard à la moindre photo « likée ». C'est rechercher l'esthétisme, la beauté, la cohérence, et pousser toujours plus loin dans la qualité. Il faut faire une différence entre les « prostituées de la photo » -comme le dit un très bon ami-, et les vraies modèles.

Pour faire simple, tu peux être belle mais ça ne suffit pas, jeune fille. Il faut aussi se décoller les fesses des émissions de télé-réalité qui ramollissent ton pauvre cerveau et justement chercher à l'exploiter ! La photographie (au sens professionnel), ça n'est pas de la création de souvenirs ou d'objets artificiels, dépourvus de sens, c'est avant tout une forme d'Art.

Interview Ludivine Maillard: " Est ce qu'un non aurait suffi ?"
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Interview Ludivine Maillard: " Est ce qu'un non aurait suffi ?"

Rédigé par Venus Velvet

Publié dans #Interviews

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