Interview Kimi VD: "Beaucoup de propositions (...) qui dégradent l'image de la femme"

Publié le 1 Décembre 2014

Voici la suite de mon petit projet d'interviews pour montrer l'autre côté de l'activité de modèle, je suis toujours intéressée pour avoir le maximum de témoignages, si cela vous intéresse, je vous propose de suivre ce lien pour en savoir plus et me contacter.

Bonne lecture

XXX

VenusXIII

Petit projet d'interviews - Les vaticinations de Vénus

http://venuskitchen.over-blog.com/2014/10/petit-projet-d-interview.html

Bonjour Kimi VD, pourrais-tu te présenter ?

Bonjour, je m'appelle Kimi VD, j'ai 20 ans et j'habite à Rouen. Je suis étudiante en BTS Design d'Espace et je garde aussi des petits loups.

Quel a été le cheminement qui t'a menée à devenir modèle et quel a été ton parcours dans ce domaine (freelance, agence, amateur, pro,...) ?

Je suis devenue modèle amateur en mars 2012 totalement par hasard. J'ai accompagné une amie modèle à un de ses shootings et j'ai finalement posé à ses côtés. Je ne pensais jamais réussir à faire ça, étant donné que j'étais le genre de nana à me cacher quand quelqu'un prenait une photo.

J'ai publié quelques photos sur Facebook et ça a eu un effet boule de neige. Depuis, j'ai ouvert mes photos au public et ça continue ainsi depuis 2 ans et demi.

Grâce à ces photos, j'ai aussi été repérée pour faire des show coiffure à droite à gauche, ce qui me permet de découvrir encore un autre monde.

Quelles étaient tes limites lorsque tu as débuté dans ce milieu (lingerie, topless, nu,...) et ont-elles changé au fil du temps ? Si oui, pourquoi ?

(Si c'est le cas : Pourquoi as-tu accepté de faire du nu ? Quelle était ta motivation pour te dévoiler face à l'objectif, au photographe mais aussi à la vue du public en général?)

A mes débuts, il était hors de question que je fasse de la lingerie, du topless et encore moins du nu. Déjà que je n'acceptais pas mon physique, mon corps je n'en parle même pas … Je m'étais donc attelée à faire que des projets habillés, et dans des styles plutôt extravagants.

Puis un jour, j'ai eu l'envie de tester le topless caché avec une amie (mon amie qui était modèle dont j'ai parlé tout à l'heure, qui est devenue photographe depuis), peut être grâce aux compliments que le public qui suit mon travail me faisait, ça m'a donné un petit peu plus confiance en moi et m'a aidé à accepter ce que j'étais. J'avais beaucoup aimé réaliser ce projet. Et quelques temps plus tard, j'ai aussi tenté la lingerie avec cette même photographe. C'est comme si je me sentais prête, et surtout, en confiance avec cette personne.
Maintenant, il m'arrive régulièrement de réaliser des shootings en lingerie, majoritairement avec les photographes avec qui je collabore depuis longtemps.
Par contre, le nu ne m'intéresse toujours pas. Bien que la nu artistique je trouve ça très joli, je ne me sens pas apte à passer ce cape.

Interview Kimi VD: "Beaucoup de propositions (...) qui dégradent l'image de la femme"

J'imagine à la vue de ma propre expérience, et de l'époque dans laquelle nous vivons que tu devais avoir des books onlines. Par quel média te contactait-on le plus souvent ?

J'ai commencé à diffuser mes photographies sur ma page Facebook, qui est toujours en ligne actuellement. J'essaye de la faire vivre un peu tous les jours depuis mes débuts. J'avais aussi ouvert un site sur Jimdo que j'ai fermé rapidement n'étant pas satisfaite de la qualité et de la fonctionnalité. J'ai ouvert en Mai 2013 un site sur Book,fr, j'en suis plutôt satisfaite, enfin un site qui garde la qualité presque intégralement.
Mais la plupart du temps, je suis contactée sur ma page Facebook.

Travaillais-tu de manière rémunérée ou en « Poses contre photo ? »

Je travaille majoritairement en « poses contre photo », mais il m'est arrivé de me faire rémunérer par des photographes qui ne concevaient pas de ne pas me rémunérer. J'ai trouvé ça très sympa de leur part, bien qu'un peu gênée car je fais ça comme loisir et non comme travail. Contrairement aux show coiffure par exemple. Et j'ai du mal à penser que ce que je fais, que mon faible niveau mérite un salaire.

En ce qui concerne tes shootings, te présentais-tu seule, accompagnée, etc ?

Je viens toujours accompagnée (sauf quand j'ai déjà fais je ne sais combien de projets avec une personne et que j'ai entièrement confiance). Je refuse immédiatement de collaborer avec un photographe qui ne m'autorise pas à venir accompagnée. Je trouve d'ailleurs qu'ils n'ont pas leur mot à dire, surtout en collaboration. Dès l'instant que la personne ne perturbe pas la séance, je ne vois pas où est le souci. Quand je shoote en extérieur, dans des lieux très fréquentés, il m'arrive tout de même d'y aller toute seule, me sentant en confiance au milieu de tant de monde. Par contre, quand je fais de la lingerie, c'est systématique, je viens accompagnée, photographe connu ou non. Être accompagnée me rassure et me permet de me concentrer entièrement sur la séance et non d'être divisée entre la séance et l'idée de me faire enlever par exemple, bien que ça soit extrême comme idée, haha.

Interview Kimi VD: "Beaucoup de propositions (...) qui dégradent l'image de la femme"

As-tu déjà reçu des propositions dérangeantes, dégradantes ou avilissantes lors de ces premiers échanges avec les photographes ?

Il y a de tout comme photographe malheureusement. Un photographe pas sérieux, en général j'arrive à m'en rendre compte très rapidement. Il m'est déjà arrivé de discuter d'un projet avec un photographe qui avait l'air sérieux, qui avait déjà collaboré avec des modèles que je connais, les avis sur lui étaient divergents donc j'ai tout de même voulu tester. A l'époque, je ne faisais pas de lingerie, on avait donc convenu de faire des photos habillées. Puis pour la discussion avançait, plus il cherchait à me déshabiller (veste ouverte en topless caché dessous par exemple) alors qu'il savait pertinemment que je refusais de faire ce genre de chose.

Ou encore, une fois que je faisais de la lingerie, je propose des sous vêtements qui n'étaient pas aux goûts du photographe (il a totalement le droit), et donc me propose du nu, je refuse et hop d'un seul coup mes sous vêtements lui plaisaient, on en déduit tout de suite que son seul but c'est de se rincer l’œil.

Sinon, beaucoup de propositions de nu vulgaire, qui dégradent l'image de la femme à mon goût. Des projets SM alors que j'ai bien précisé que je ne faisais pas ce genre de chose. Un projet où la femme devait être nue aux pieds d'un homme en mode soumission. Et j'en passe ! Certains ont le droit d'aimer ce genre de chose, mais en voyant ce que je fais habituellement et quand je dis ce que je ne souhaite pas, je ne comprends pas pourquoi certains tentent et insistent tout de même.

Pourrais-tu me décrire un « shooting-type » pour avoir une idée un peu plus précise de ton activité ?

Je ne pense pas que l'on puisse décrire un shooting « type ». Chaque photographe fonctionne différemment et j'essaye donc de m'adapter ou de mixer notre façon de faire. En général, soit un photographe a un projet en tête et vient m'en parler et je m'adapte à ses choix, parfois si ses idées ne sont pas totalement définies, j'essaye de proposer les miennes. Et je pense que même si un photographe propose quelque chose, il attend tout de même que l'on y mette notre touche personnelle.

Si un projet attend à être monté avec un photographe, j'essaye de savoir ce qu'il préfère dans ce que je fais déjà, ou bien si il a lui envie de m’immiscer dans quelque chose que je n'ai jamais réalisé. Une fois qu'on a trouvé l'idée globale, j'essaye de trouver une tenue adaptée au projet, puis un lieu (bien que parfois trouver le lieu avant la tenue m'aide!). On voit ensemble l'ambiance qu'on aimerait donner à tout ça (est-ce plutôt quelque chose de joyeux ? Quelque chose plutôt sombre et glauque ? Etc.). Une fois que tout est clair, nous décidons d'une date, qui peut parfois être fixée très loin dans le temps et arrivé au jour J, nous avons encore de nouvelles idées à ajouter à notre base. Le temps joue beaucoup aussi sur un shooting en extérieur.

Il m'arrive aussi de proposer un projet complet (ambiance, tenue, lieu, etc) à des photographes qui eux s'adaptent à mon univers (j'apprécie grandement quand je propose un projet, qu'il intéresse et que le photographe cherche à ajouter ses idées). Voilà pour la base.
Ensuite, lors de la réalisation de tout ça, j'aime que ça se déroule dans une bonne ambiance, je suis capable de dire une bêtise énorme, qu'on rigole et une seconde plus tard retrouver une attitude « pro » et me remettre dans la peau de mon personnage. Je suis quelqu'un qui rigole beaucoup et j'adore partager ça. Ce n'est pas facile de savoir si un shooting va se dérouler ainsi ou non. On peut avoir un bon feeling à l'écrit et en vrai que ça ne passe pas du tout. Jusqu'ici, j'ai plutôt eu de la chance. Et même quand un photographe est timide, j'arrive à détendre l'atmosphère.

T'es-tu déjà retrouvée dans une situation qui t'a mise mal à l'aise, où tu t'es sentie en danger ou bien as-tu réellement vécu une expérience traumatisante lors de ton parcours ?

Je n'ai pas vécu d'expérience traumatisante, j'espère d'ailleurs que ça va continuer. Il m'est tout de même arrivé de me retrouver dans des situations où je ne me suis pas sentie à l'aise. Une fois, à mes tout début où l'on a tendance à ne pas faire trop attention, à être contente quand on nous propose un projet car « youhou, un photographe s'intéresse à moi ! », ouais, mais non. Il faut faire très attention. Je m'étais renseignée sur ce photographe qui débutait, comme moi. Une amie avait shooté avec lui, tout s'était bien passé. Du coup, confiante, je suis allée shooter en studio avec lui, seule. Je suis arrivée chez lui et tout de suite, j'ai eu peur. Pourquoi ? Parce qu'il y avait des photos de filles nues, la plupart vulgaire. J'ai vraiment eu peur tout le long de la séance. Heureusement que sa petite fille était présente (oui, au milieu de toutes ces photos ...), ça m'a permi de m'apaiser un peu. Au final, les photos n'étaient pas réussies, j'ai pas passé un bon moment et j'avais qu'une envie : rentrer chez moi. Mais au début, tu construis ta réputation, tu n'as pas envie que le photographe te déconseille auprès des autres, alors tu prends sur toi, tu prends des risques. Très mauvais raisonnement !

Je me dis que j'ai eu de la chance par rapport à tout ce que l'on peut entendre …

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Pourquoi as-tu décidé de poursuivre/ d'arrêter la photographie ?

J'ai décidé de poursuivre la photographie car, même si au début c'était plutôt un défi pour vaincre ma timidité et la vision négative que j'avais de moi même, aujourd'hui c'est vraiment devenu une passion. Le petit plus, c'est que je peux lier mes études et la photographie, c'est un pur bonheur ! Malgré la partie négative de la question précédente, on ne rencontre pas que des psychopathes. J'ai pu rencontrer beaucoup de personnes, dont quelques-unes qui sont devenues des amies. Bien sur, je pourrais rencontrer des personnes ailleurs, mais des personnes qui partagent notre passion, c'est encore mieux ! Et j'adore mettre en place des tableaux, réfléchir à des ambiances, faire passer des émotions, etc. Et le partage, j'adore partager ! J'ai tout de même déjà songé à arrêter la photographie car ce n'est pas toujours un milieu tout beau tout rose.

Ta vision du monde de la photographie de modèle a t-elle évolué depuis que tu le fréquentes de l'intérieur ?

Je dirais qu'elle a plutôt évoluée plusieurs fois. Je savais, de par ce qu'on entend de l'extérieur, que c'était un milieu où les gens se marchent dessus pour être au top. Puis quand je suis passé à l'intérieur, j'ai plutôt coutoyé un monde où les gens se soutiennent, partagent, etc. Et au fur et à mesure du temps, plus les gens évoluent, plus j'ai l'impression que c'est pire que ce que je pensais à l'extérieur … Je suis d'ailleurs en pleine période de remise en question à cause de ça. Car je ne suis pas comme ça, et j'en ai marre que les gens soient gentils devant et derrière c'est la fête aux rabais. Il y a beaucoup de gens qui profitent et qui te jettent pour te reprendre quand tu peux leur apporter quelque chose. Et je trouve ça dommage. Et c'est pareil, que ça soit en collaboration ou dans le milieu professionnel. J'ai remarqué aussi, lors d'un show, que les pires étaient les femmes de 45 ans qui tentaient tant bien que mal de trouver des failles aux jeunes de 20 ans, c'est pitoyable …
Heureusement qu'il y a aussi des personnes intégres.

Cette expérience comme modèle a t-elle eu une incidence sur ta vie quotidienne ?

Mon expérience de modèle a une grosse incidence sur ma vie quotidienne. Je passe beaucoup de temps à mettre en place des projets et à les réaliser. Donc plutôt que de rester un dimanche au chaud sous la couette, je suis dehors pour les projets. Outre ça, il y a aussi le fait que j'ose plus, vestimentairement par exemple. Je me suis rendue compte que je suis comme tout le monde, pas au dessous des autres. Tout le monde a le droit d'être là, d'exister et d'assumer ce qu'il est.

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Selon toi, comment sont perçues les modèles photo que cela soit par le public en général, par les photographes et même par les proches et la famille ?

Les personnes qui nous connaissent que par le biais de nos photos pensent que l'on est des personnes qui se sur-aiment, narcissiques donc et qu'on pense qu'à nous. Plusieurs j'ai eu le droit à des « Ah mais en fait, t'es pas du tout comme sur les photos, tu es souriante, tu donnes la chance aux gens, tu es ouverte et tu ne te la pètes pas ». Et bien non, il faut savoir que pour être modèle il faut avoir la capacité de passer d'un état à un autre, soit de rentrer dans la peau d'un personnage. Beaucoup pensent aussi que je me repose sur le statut de modèle pour faire que ça de ma vie. Alors que pas du tout, j'ai d'autres ambitions dans ma vie. On est vraiment perçues comme de vulgaires morceaux de viandes, bonnes à sourire à faire un léger déhanché devant un objectif. Alors qu'être modèle n'est pas ça du tout. Les gens ne comprennent pas non plus qu'en dehors de notre vie publique, nous avons une vie privée.

De mon côté, mes amis qui ne sont pas du monde de la photographie ont du mal à comprendre cette passion que j'ai. Certains c'est la musique, moi c'est la photo. Mais apparemment, c'est mal vu, merci les « amis ».

Ma famille, j'ai mis du temps à leur en parler (1 an). En fait, quand j'ai voulu en parler à ma maman, elle a eu peur, du coup, j'ai abandonné l'idée de partager ça avec elle. Puis un jour j'en ai eu marre, j'ai mis toute ma famille courant. Et a ma grande surprise, ils me soutiennent tous, parfois même un peu trop. Mais ça fait tellement plaisir d'être soutenue par ses proches !

Enfin, quels sont les conseils que tu aimerais donner aux demoiselles qui décident de se lancer dans cette activité ?

Il y a beaucoup de choses auxquelles il faut faire attention dans ce milieu. Alors surtout, ne vous y lancez pas sur un coup de tête. Il faut avoir la tête sur les épaules, être vigilantes et bien se renseigner.

Ne vous laissez pas embarquer dans des projets qui ne vous inspirent pas, le résultat s'en ressentira, vous aurez donc perdu votre temps et c'est très frustrant. Ne vous laissez pas embarquer en dehors de vos limites. N'hésitez pas à aller poser des questions aux modèles avec qui le photographe a collaboré, ça pourrait vous éviter beaucoup de soucis. Allez-y, dans la mesure du possible, accompagnées, ça vous rassurera et ça diminuera grandement les risques.

Et pour le reste, ne vous laissez pas marcher sur les pieds et restez humbles ! Ne rentrez pas dans le jeu de la méchanceté gratuite, vous savez ce que vous faites, tenez-vous uniquement à ceux qui vous soutienne. Mais ne confondez pas conseil et méchanceté gratuite !

Bon courage à tous, vivez ce que vous êtes !

Interview Kimi VD: "Beaucoup de propositions (...) qui dégradent l'image de la femme"

Rédigé par Venus Velvet

Publié dans #Interviews

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