Interview Sandra Von Keller: "Je suis très rêveuse et je suis toujours ravie de retranscrire des choses autrement que par les mots."

Publié le 28 Décembre 2014

Voici la suite de mon petit projet d'interviews pour montrer l'autre côté de l'activité de modèle, je suis toujours intéressée pour avoir le maximum de témoignages, si cela vous intéresse, je vous propose de suivre ce lien pour en savoir plus et me contacter.

Bonne lecture

XXX

VenusXIII

Petit projet d'interviews - Les vaticinations de Vénus

http://venuskitchen.over-blog.com/2014/10/petit-projet-d-interview.html

Bonjour Sandra, pourrais-tu te présenter ?

Bonjour Venus, je m'appelle Sandra, j'ai 24 ans. Je vis en Basse-Normandie et je suis passionnée par la littérature. Je pose depuis trois ans. Je ne me considère pas comme modèle car je n'ai pas un book assez construit, je pose très peu et je suis très loin d'être douée dans le domaine ! Mais on va dire que je fréquente de près le milieu depuis ces dernières années et dieu sait que j'en ai vu des vertes et des pas mûres malgré ne pas avoir un nombre biblique de shoots !

Quel a été le cheminement qui t'a mené à devenir modèle et quel a été ton parcours dans ce domaine (freelance, agence, amateur, pro,...) ?

Tout a commencé avec un petit appareil photo Casio de très mauvaise qualité, mais je parvenais à faire des merveilles grâce à Photoshop, j'étais très douée à l'époque pour retranscrire des univers. Et ce n'était pas encore courant. Cela m'a donc amené à avoir un appareil photo reflex, je me suis découverte sous un autre jour. J'ai adopté mon reflet grâce à celui-ci. Cela a donné envie aux photographes de travailler avec moi. Je me suis donc laisser tenter, j'ai détesté. Je me suis retrouver enlaidie et donc braquée. Puis quelques années plus tard, j'ai retenté le coup et j'y ai pris goût malgré quelques dérapages. J'ai déjà tenté des agences mais sans succès, et même l'agence Wanted !

Quelles étaient tes limites lorsque tu as débuté dans ce milieu (lingerie, topless, nu,...) et ont-elles changé au fil du temps ? Si oui, pourquoi ?

Au début, je refusais de poser nue. La limite que je pouvais faire : la lingerie. Pas plus. Ou topless, mais les mains devant haha ! Au fil du temps et surtout de mes fréquentations, on m'a encouragé à mettre de côté ma pudeur pour m'accepter d'avantage. J'ai donc tenté le nu car j'ai toujours eu un réel problème avec mon corps et je voyais ça comme une délivrance de franchir le cap. Et c'est vrai qu'en testant, je me suis sentie plus épanouie et j'ai été agréablement surprise de me découvrir autrement. (Notamment lors de mon set SG qui demeure un bon souvenir et une excellente thérapie) Mais ça m'a aussi fragilisée malheureusement. Certains photographes ne sont pas doués pour mettre en valeur ou certains vont même jusqu'à utiliser votre corps comme fantasme !

(Si c'est le cas : Pourquoi as-tu accepté de faire du nu ? Quelle était ta motivation pour te dévoiler face à l'objectif, au photographe mais aussi à la vue du public en général?)

Comme je l'ai dit plus haut, j'ai toujours eu un soucis avec mon corps. J'ai toujours été catégorisée de maigre, sac d'os, anorexique et j'en passe alors que je suis tout simplement ectomorphe. On m'a appris en quelque sorte à ne pas aimer mon enveloppe. A le cacher. Faire du nu était le meilleur moyen pour m'affirmer. Et y chercher de la beauté en quelque sorte. J'en avais grandement besoin. A force de se faire noircir le tableau, on finit par croire qu'on est une vraie croûte ! C'était également une petite revanche, un besoin d'exposer ma force, mon caractère. Après, je ne cache pas que ça été très difficile, j'étais très mal à l'aise de me dénuder devant le photographe et même à l'idée que l'on puisse me voir nue, mais au final à part les pervers, cela s'est bien passé.

J'imagine à la vue de ma propre expérience, et de l'époque dans laquelle nous vivons que tu devais avoir des books onlines. Par quel média te contactait-on le plus souvent ?

Le plus souvent sur book.fr et via ma page FB.

Interview Sandra Von Keller: "Je suis très rêveuse et je suis toujours ravie de retranscrire des choses autrement que par les mots."

Travaillais-tu de manière rémunérée ou en « Poses contre photo ? »


Étant donné mon manque d'expérience, je considère que je n'ai pas à être rémunérée. (Pas encore, du moins) Sauf éventuellement pour du nu, ça dépend du contexte, des attentes, si ça m'apporte quelque chose ou non. Si c'est uniquement pour ravir l'univers du photographe et non le mien, j'estime que je rend service mais que je n'y trouve pas mon compte et dans ce cas là, je demande rémunération. Mais généralement tous mes shoots se sont déroulés en collaboration sauf une fois à Paris. Et je n'ai d'ailleurs jamais vu le jour de ces photos! Je préfère donc travailler en collab ou alors payer moi-même. Certains photographes ont bien besoin de vivre !

En ce qui concerne tes shootings, te présentais-tu seule, accompagnée, etc ?

L'ironie du sort a fait que je me suis toujours présentée accompagnée lors de shoots qui se déroulaient extrêmement biens et seule lors de shoots qui dérivaient !

As-tu déjà reçu des propositions dérangeantes, dégradantes ou avilissantes lors de ces premiers échanges avec les photographes ?

Comme beaucoup de demoiselles, j'ai eu le droit aux fameux fantasmes des pieds ! Combien de fois j'ai reçu des mails me demandant s'ils pouvaient photographier mes pieds et que cela resterait dans leur book personnel et qu'ils me rémunéraient pour cela ! J'ai souvent eu des propositions qui avaient tout l'air de fantasmes. Poser nue avec de la cire chaude sur soi, poser nue en simulant la jouissance (et même une proposition de me faire réellement jouir!) bref beaucoup de choses salaces et qui salissent le monde de la photographie.

Pourrais-tu me décrire un « shooting-type » pour avoir une idée un peu plus précise de ton activité ?

C'est souvent de dernière minute ! Je me présente avec une valise remplie du style attendu. Et le photographe m'aide à choisir la tenue selon ce qu'il compte faire. Le maquillage, c'est souvent moi qui m'en occupe. Je n'ai eu qu'une seule fois une séance de maquillage professionnel. Bref, mes shooting type c'est ça. Très simple ! Mais j'aimerai bien à l'avenir tester des shoots plus travaillés !

Interview Sandra Von Keller: "Je suis très rêveuse et je suis toujours ravie de retranscrire des choses autrement que par les mots."

T'es-tu déjà retrouvée dans une situation qui t'a mise mal à l'aise, où tu t'es sentie en danger ou bien as-tu réellement vécue une expérience traumatisante lors de ton parcours ?

Oui. Un jour, lors d'une séance photo de nu dite artistique, un photographe s'est permis de me toucher. Dans le sens où il replaçait les mèches de mes cheveux en frôlant exagérément mes seins à plusieurs reprises ou se permettait de poser ses mains sur mes hanches / mes fesses ce qui me mettait vraiment dans l'embarras. Ce même photographe avait transféré les photos sur son ordinateur et a osé dire « J'adore ton petit cul, je taperai bien dedans. » J'ai senti mon sang ne faire qu'un tour. Après ça, il s'est levé et a tenté de m'embrasser, face à mon recul et à mon visage détourné, il n'a rien trouvé d'autre à dire que « Si on ne tente pas, vous êtes vexée. Hein que c'est vrai ? » Et j'ai trouvé ça atrocement déplacé et réducteur. Ainsi les modèles étaient toutes à ses yeux des petites choses fragiles qui avaient une soif de reconnaissance et de désir ? J'étais estomaquée et je me sentais réduite. Je me suis forcément sentie en danger ce jour là ! J'ai également vécu une autre expérience traumatisante où cette fois, le photographe avait mit en bouche mes tétons pour je cite « Il faut les faire durcir, c'est plus joli. » J'en arrivais à un stade où je pensais le mériter « puisque je n'avais pas qu'à poser nue » . Ce qui est absurde. J'étais tellement sous le choc que je suis restée passive et ça me désole.

Pourquoi as-tu décidé de poursuivre/ d'arrêter la photographie ?

Pour le moment, je suis plutôt tiraillée. Je ne suis plus certaine d'avoir besoin de la photographie pour apprendre à m'accepter, il faut dire que mes expériences précédentes n'ont pas aidé à m'encourager à rester dans cette voie mais j'ai tout de même d'un autre côté l'envie de poursuivre juste pour le plaisir d'avoir de « belles images » de belles facettes de soi. C'est toujours agréable. Et il reste des projets qui me fascinent. J'ai récemment travaillé avec Eih et j'ai été ravie de me retrouver dans un autre monde ! Je suis très rêveuse et je suis toujours ravie de retranscrire des choses autrement que par les mots.

Ta vision du monde de la photographie de modèle a t'elle évolué depuis que tu le fréquentes de l'intérieur ?

Pas tant que ça, car je savais que je tomberais forcément sur des cas. Tout comme je tomberai sur des agréables photographes. Et j'ai toujours été au courant des rivalités ou de l'hypocrisie de certaines modèles tout comme il y a des modèles avec qui on comprend pourquoi la photographie peut être un réel plaisir.

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Cette expérience comme modèle a t'elle eu une incidence sur ta vie quotidienne ?

Oui. Lorsque j'étais au lycée, tout le monde s'était passé le mot. « Sandra pose nu. » Le truc c'est que j'étais majeure (j'avais repris mes études) mais j'ai dû faire face à la moquerie. J'étais vu d'un très mauvais œil. Fichée. Jugée. La rumeur courait même que je posais les jambes écartée en porte jarretelle pour le simple fait qu'ils étaient tombés sur ce genre de photo et qu'elle me ressemblait beaucoup! J'imagine que si j'avais eu un travail, mes collègues auraient eu le même comportement hélas... Cette expérience m'a donc apporté un sentiment de honte, j'avais limite l'impression d'être call girl !

Selon toi, comment sont perçues les modèles photo que cela soit par le public en général, par les photographes et même par les proches et la famille ?

Par le public, elles sont généralement idéalisées. Beaucoup de femmes complexent faces à celles-ci sans se douter de tout ce qui a bien pu être camouflé lors du traitement sur logiciel. Cicatrices, boutons, rougeurs, cernes, des yeux plus brillants, des couleurs plus vives, une peau lissée, ou une bosse sur le nez d’ôté, ça change tout. Les hommes eux-mêmes fantasment sur des femmes qui sont au final sublimées, mais pas si réelles. Et c'est ça qui me dérange particulièrement dans ce milieu, et c'est donc pour cette raison que je m'oriente plus vers la photographie « fantastique » ou « créative » dans le sens où je me dirige vers des univers, des ambiances et non des poses qui consistent à centrer l'image sur mon physique. Après, tout dépend de la manière de travailler de chacun. Les photographes ne font pas tous un traitement digne d'un magazine trompe l'oeil et encore heureux ! Pour ce qui est des photographes, j'imagine qu'ils perçoivent les modèles avec un œil professionnel visant à chercher en elles leurs potentiel. Ils ont comme nous un univers qui leur est propre et ont forcément des attentes physiques pour pouvoir retracer au mieux leur idée. Pour ce qui est des proches, j'en ai aucune idée. Je dirais qu'ils ont tendance à penser qu'elles sont narcissiques ou superficielles.

Enfin, quels sont les conseils que tu aimerais donner aux demoiselles qui décident de se lancer dans cette activité ?

On le répète déjà assez dans ce milieu, mais je leur conseillerai de ne pas reproduire les mêmes erreurs que les miennes. C'est à dire de ne surtout pas se présenter seule à une séance photo ou du moins, si cette séance se déroule en intérieur. Même si ce photographe est populaire. Lorsqu'on débute, on relativise en se disant que c'est de plus en plus commun et que de toute manière tant de filles ont déjà posés pour ce photographe alors on en conclu que le danger est forcément inexistant. Sauf que non, il ne l'est pas. J'ai tout de même subi des attouchements par deux photographes qui m'avaient été vivement conseillés par des modèles pourtant très expérimentées ! Je leur conseillerai également de ne pas poser sans contrat signé et fait évidemment dans les règles / normes. C'est très important, et cette étape est largement négligé dans le domaine hélas. A part ça, il faut également savoir prendre du recul, car se lancer dans cette activité, c'est également prendre le risque de s'exposer à toutes sortes de regards et donc les commentaires indésirables ou blessants peuvent survenir à tout moment et même viser nos pires complexes ! Il faut également choisir ses photographes avec soin, prendre le temps d'avoir un bon contact, lorsqu'on a pas confiance en soi, on a tendance à prendre le premier venu et c'est le meilleur moyen pour ne pas être mise en valeur. La photographie étant pour beaucoup une thérapie ou un simple plaisir, il serait dommage qu'elle devienne destructrice.

Interview Sandra Von Keller: "Je suis très rêveuse et je suis toujours ravie de retranscrire des choses autrement que par les mots."

Rédigé par Venus Velvet

Publié dans #Interviews

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