Pedophilia, Partie 3, l'Après

Publié le 3 Décembre 2014

Voici que sur ces deux derniers jours, je me suis mise à vous narrer mon histoire, le Crime et le Châtiment, la peur de toutes ces années, les choses à subir,...

Heureusement, à l'inverse de cet homme, ma vie ne s'est pas arrêtée là, j'ai poursuivi, et je poursuis encore mon existence.

C'est article ne sera jamais bouclé, il n'est que l'expression du moment, ma vie modifiera ma vision de la chose, comme ce fût sans doute déjà le cas dans le passé. Cet article pourrait donc n'être clôturé que sur mon lit de mort, lorsque j'aurais alors vécu une existence entière, que j'aurais appris et vu d'autres chemins, d'autres manières de penser, que j'aurais évolué. Donc, ne le prenez pas pour argent comptant, pour une finalité, car ça n'est pas le cas.

Voici la première partie: le Crime:

Et le seconde: le Châtiment:

Vous voyez? La preuve. Autoportrait

Vous voyez? La preuve. Autoportrait

Après avoir appris le décès par pendaison de cet homme qui avait sciemment ruiné ma vie, je n'ai pas eu d'autre choix que de poursuivre, de toutes manière, la vie est une garce sans nom et quelques jours plus tard, mon père mourrait, après un long et douloureux cancer de la gorge... Le sort s'acharnait.

Comment ai-je pris cette fuite, ce suicide, cette désertion de la vérité?

Durant des années, à partir du moment où il avait commencé à mettre ses massives et rugueuses mains sur mon corps de fillette, où il avait débuté son sadique jeu de me ruiner corps et âme, j'avais alors à ma manière commencé à le combattre.

Durant des années, le jour, la nuit, je l'imaginais mort, mort sous mes coups, sous la souffrance, la torture que j'aurais pu lui infliger, que j'aurais dû lui infliger.

Je l'imaginais hurlant de douleur, hurlant de terreur, mais moi, dominante et maîtresse de la situation j'inversais les rôles, je n'étais plus l'enfant fragile et docile, je devais la vengeresse, je devenais celle qui fait payer, celle qui fait souffrir.

Un simple scénario de film, un putain de Rape & Revenche, un Battle Royal sur la vengeance. Une nouvelle séquelle à la trilogie de Park Chan Wook.

Je fantasmais, détruire une vie pour réparer mon honneur, mon existence gâchée, mes rires et mon insouciance décimés.

Pedophilia, Partie 3, l'Après

L'honneur, l'amour propre, des mots qui habituellement ne font que bonne figure, mais qui parfois ont un véritable sens.

Je savais que ma vie d'adulte ne serait pas simple, j'avais déjà enduré cela, et tant d'autres choses (que je n'ai pas abordé ici), j'avais connu la peur et la haine dès mes plus jeunes années. J'avais compris que le corps n'est pas une enceinte sacrée, ou alors j'étais dans ce cas devenue une prostituée des temples.

Je ne pouvais pas partir sur des bases saines, car celles-ci s'étaient effondrées avant même d'être bâties.

Ma vie était branlante.

J'étais partie de chez moi bien trop tôt, à 17 ans, j'avais déjà accumulé une rage trop importante pour continuer à vivre au domicile familial, là où ce monstre résidait et que je pouvais croiser quotidiennement. Je devais fuir, même si c'était inconscient, et que bien d'autres éléments me donnaient ce besoin de m'en aller.

Je vécu une vie d'adolescente en pleine crise de vie, multipliant les conneries, et les erreurs, perte des repères, de la notion du sexe et de l'amour, noyant les deux, les confondant, perdant un peu la notion de la réalité.

Je n'ai pas non plus mené la vie la plus décadente que cela soit, je ne vais pas mentir, ma vie n'est pas celle de Christiane F, 13 ans, droguée, prostituée,...

Ca serait mentir, mais j'essayais de trouver de manière obsessionnelle l'amour et l'attention dans les bras des garçons, un minimum d'écoute, ça n'est bien évidemment pas la solution... Je tentais les sorties durant des jours, je me tentais à l'alcool et aux joints sans succès (mon corps n'a jamais aimé cela), je me noyais dans des amour impossible qui durèrent des années, l'un fantasmé et brûlant, l'autre réel et étouffant...

Bref, j'étais perdue... mais tout cela était avant de porter plainte (enfin pas ces deux dernières histoires)

Pedophilia, Partie 3, l'Après

Quoi qu'il en soit, je vécu mon adolescence de manière inconsidérée et parfois dangereuse, par chance, je n'ai jamais succombé aux drogues dures, malgré certaines de mes fréquentations qui en consommaient comme des bonbons. Je n'ai jamais succombé à l'appel du sexe sale et humiliant, pourtant là encore, la porte des milieux fétichistes et SM m'étaient grandes ouvertes. Comment aurais-je terminé avec ce passé et ces milieux loin d'être toujours sains?

Je n'ai pas fini par essayer de me trancher les veines, de me noyer dans l'alcool, sans doute un instinct de survie trop fort, et peut être trop d'ego pour cela, j'avais déjà survécu, pourquoi n'aurais-je pas continué?

J'ai réussi à me protéger, sans doute ayant déjà une connaissance trop aiguisée du danger qui pouvait me guetter.

Mais, je transformais mon corps à guise sous les coups de cathéters et de couches de maquillage. J'étais gothique (je le suis toujours), et marquais non pas au fer rouge mais à l'aiguille, les événements de ma vie, j'avais un besoin de souffrir, non pas psychologiquement, j'avais déjà bien trop donné, mais physiquement, la douleur apaise parfois la douleur...

Pedophilia, Partie 3, l'Après

Mais revenons en au sujet, et pas à mes élucubrations sur les tourments de l'adolescence.

Mes erreurs étaient passées, j'étais déjà en couple depuis plus d'un an lorsque j'allais porter plainte. Six mois plus tard, je devais faire face à cette certitude: je n'aurais jamais ma vengeance.

La pendaison, le suicide, cette douce fuite en comparaison de ces fantasmes qui me hantaient depuis tant d'années, douce fuite aussi en comparaison de la voie la plus légale et la plus normale que la situation aurait dû prendre: le procès et la prison.

Je ne serais même pas capable de définir avec des mots, la haine qui gonfla en moi après que j'eu appris que ce lâche s'était pendu, une haine profonde, qui ne me lâcherait jamais...

Pourquoi tant de haine me direz-vous? Je suis débarrassée de lui, oui, certes, mais si il n'y avait que cela.

Durant des années, j'ai subi, et je ne suis pas du genre à tendre l'autre joue, j'avais décidé que tôt ou tard, il payerait pour ses péchés, et ça ne fut jamais le cas.

Je n'ai jamais eu la véritable reconnaissance d'être une victime (même si je n'apprécie pas d'être associée à ce terme), il n'a jamais avoué réellement, seul son geste est le synonyme de sa culpabilité, pas une lettre, pas un mot, rien.

Je voulais des excuses, je ne les aurais jamais. Je voulais voir la peur dans ses yeux lors du procès, comme il avait dû voir la mienne et s'en délecter.

Je n'ai eu que du vide, une fuite, un échappatoire un peu trop simple à mon goût, une vision trop souvent romantique de la mort: le suicide...

Pedophilia, Partie 3, l'Après

Quel est la pire chose dans cette histoire?

Cette ordure s'est fait incinérer, pour être rejeté dans la mer, des micro particules de cet être infâme polluent actuellement les sept mers...

Et moi, moi, qui souhaitais tant qu'il érige une pierre tombale à sa mémoire, j'avais tant espéré juste cette vengeance: une pierre où cracher, une pierre où graver "pédophile", une pierre sur laquelle j'aurais pu décharger ma colère et mon désarroi.

Rien, je n'ai même pas eu le droit à cela, qu'importe les ennuis que j'aurais eu pour avoir gravé la vérité dans la pierre, qu'importe la sentence, elle m'aurait au moins été libératrice, mais non, rien, le néant.

Pas de procès, pas de jury, pas de prison.

Juste la vie qui pour moi continue avec cette sensation d'inachevée, avec cette sensation que les choses n'ont presque servie à rien...

J'appris aussi par la même occasion qu'il avait clamé se suicider (ou en tout cas sa femme par la suite) pour des raisons médicales, un cancer dont il était atteint et auquel il ne survivrait pas.

Le mensonge encore une fois, pas même l'once d'une vérité, d'une reconnaissance du mal qu'il m'a fait, j'étais encore et toujours la vilaine, et lui l'homme qui ne méritait en rien cette destinée.

Autoportrait

Autoportrait

"Pardonne-nous nos offenses,
comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés.
Et ne nous soumets pas à la tentation,
mais délivre-nous du Mal."

Je ne pardonnerais pas, jamais pour le mal qu'il m'a fait, son offense était trop profonde, trop intense, sa fuite trop emplie de couardise, son silence aussi...

Il s'est soumis à la tentation, et m'a enfermé dans le Mal, il a saccagé cette destinée, cette liberté qui m'était dû.

Je ne suis pas croyante, je ne peux même pas me consoler qu'il aille dans les Enfers les plus profonds, suintant de douleur, hurlant la délivrance qui n'arriverait jamais.

La mort n'est pas la période où l'on compte les points de son Karma, où l'on met le coeur et la Plume sur la balance pour peser nos mauvaises actions.

Hélas, trois fois hélas, il ne payera rien, c'est moi, qui tout au long de ma vie vivra dans le souvenir, dans la méfiance.

C'est encore et toujours moi qui refuse toute descendance, ne pas trahir ce corps qui l'a déjà été, ne pas mettre au monde des héritiers de ce destin funeste, sachant que l'on ne peut se méfier de tout et tous, tout le temps.

Pedophilia, Partie 3, l'Après

Comment revivre sainement dans ce corps qui ne fût que l'objet entre les mains d'un autre?

Comment espérer avoir une vie entièrement normale?

Comment espérer faire de ce corps un temps de joie, de félicité et de bonheur sachant son passé?

Comment accepter la jouissance des sensations sachant que celles-ci vous ont été imposé dès le départ? Faire la part des choses est possible, certes, mais c'est un chemin complexe, que je pense avoir accompli ces dernières années.

Comment accepter que nous ne sommes pas une possession, un bien, mais un être de chair et de sang, et non l'esclave de pulsions destructrices de tiers?

Beaucoup de questions, quelques réponses, mais au final, que faire hormis combattre les ombres?

Pedophilia, Partie 3, l'Après

Rédigé par Venus Velvet

Publié dans #Vie

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J. 03/12/2014 15:46

Bonjour Venus,
Je viens de finir ce perturbant triptyque, et je comprends à peu près ce que tu as vécu et vis actuellement. J'ai été moi aussi une victime, et pendant des années, une jeune fille perdue/perturbée/perturbatrice. J'ai 29 ans aujourd'hui, et je vais bientôt fêter mes 1 an de mariage.
Les ombres ne durent pas, heureusement ! Et n'importe quelle petite parcelle de lumière peut toujours percer les ténèbres. Je te souhaite une très longue vie, que tu sois heureuse et épanouie, et gardons conscience de la chance que nous avons d'avoir non seulement survécu, enduré, traversé ces épreuves, mais d'être aujourd'hui des femmes adultes, avec du caractère et de la détermination !