Pedophilia... Partie 1

Publié le 1 Décembre 2014

Depuis quelques temps maintenant, les femmes et les enfants qui portent plainte pour des abus sexuels sont en premier lieu pris au sérieux, ce qui n'était pas le cas il y a encore quelques années (je parle en connaissance de cause: "c'est votre parole contre la sienne", "y a t'il des preuves physiques?" j'en passe et des meilleurs), il semble que malgré tout en 10 ans, les services juridiques ont un peu changé leur manière de concevoir les victimes.

Chaque personne vit, s'exprime différemment, une victime n'est donc pas forcément le stéréotype que l'on s'imagine, tremblante sur son siège, les larmes de mascara ruisselant sur les joues, le corps pris de spasmes et de convulsions...

Non, chacun vit sa douleur différemment, certain(e)s se montreront froids et durs, l'oeil sec, la haine dans les tripes, la parole sûre, les mots ne s'étouffant pas dans la gorge.

Certains, clameront leur douleur dans les larmes, d'autres dans un profond mutisme. Nous ne sommes pas égaux dans la douleur et dans les manières de l'exprimer.

Haine, autoportait

Haine, autoportait

Je me permet de raconter MON histoire, celle que j'ai tu durant des années, que j'ai fini par dévoiler, petit à petit, jusqu'à porter plainte.

Aujourd'hui, je suis capable d'en parler comme je parlerais de la pluie et du beau temps, avec il ne faut pas mentir, une haine qui m'habite, et m'habitera jusqu'à la fin de mes jours.

Je suis restée coi durant de longues années, mimant un masque de calme, gardant la face, conservant en moi cette peur indescriptible, qui était quotidienne. Puis un jour, j'ai dit Fuck! J'aurais vengeance, car je la mérite.

Je sais que j'étale ma vie, privée, intime sur le net, je suis consciente de cela, et oui, cela fait des mois que je pense à cela, une sorte de coming-out victimaire, un besoin de paroles, un besoin d'étaler cette vie au regard de tous, pour peut être faire bouger certains, ceux qui ont subi, ceux qui se taisent, de peur de...

Je n'ai pas honte d'en parler, je n'ai pas honte d'afficher ce passé qui a bien sûr eu un très fort écho sur ma vie actuelle, ma vie d'adulte.

Je ne témoigne pas à visage caché, car je ne suis coupable de rien, j'ai au contraire une fierté d'avoir outrepassé cet enfer, d'avoir eu le courage de changer les choses.

Autoportrait

Autoportrait

J'étais enfant lorsque cela commença, j'aurais honnêtement du mal à pouvoir dater la chose, ce dont je suis sûre c'est que je n'ai aucun souvenir précis de cette première fois, juste que la peur était déjà présente alors que j'étais encore à l'école maternelle, je pense donc pouvoir dater cela entre mes 4 et mes 6 ans.

Je vivais alors chez mes grand-parents, au premier étage, dans l'appartement de droite.

Mon voisin, un homme dans les mêmes âges que mes grand-parents, vivait à l'étage du dessous, au rez-de-chaussée, sur la gauche.

Il ne travaillait pas, ou plus, je n'ai jamais vraiment connu son parcours. Et derrière le bâtiment, il y avait une rangée de garage, en dur, avec de jolies portes de bois vertes. Dans l'un d'eux, celui-ci avait aménagé son garage en atelier. Il faisait des travaux de menuiserie pour la résidence, majoritairement peuplée de personnes âgées.

Il refit par exemple la cuisine chez moi, une cuisine entièrement en bois, travaillée, un très bon travail, je ne peux que le reconnaître.

Si je dois un jour récupérer cet appartement, la cuisine sautera dans la première semaine, sous mes propres coups, la masse à la main, je m'imagine parfaitement faire sauter les portes, nageant dans les échardes de bois, faire exploser les planches dans une rage libératrice.

Je précise, ça n'est pas moi, mais la photo est très parlante.

Je précise, ça n'est pas moi, mais la photo est très parlante.

Bref, la cuisine n'est pas le sujet et ne le sera jamais...

Tous les habitants de cette résidence avait la plus grande confiance en lui, incluant ma propre famille.

Il était celui qui sait, celui qui a la connaissance, celui qui aime écraser les autres sous sa propres connaissances, sans que cela ne soit compris par ses interlocuteurs.

Il aimait à passer pour un être charmant, maître de lui, cultivé, instruit, de la poudre aux yeux, que tous gobaient.

Il aimait à parler d'art, et de musique classique, me faire connaître, découvrir les choses que je connaissais pas. Les Quatres Saisons de Vivaldi, le Printemps, l'Eté, l'Automne, l'Hiver,...

Les classiques.

Il aimait enseigner... dominer les conversations de son savoir.

Vous connaissez Hannibal Lecter?

J'ai, je dois le reconnaître quelques difficultés à réécouter ce type de musique.

Abusée sur "La Primavera":

Ils viennent, couvrant l'air d'un manteau noir,
Le tonnerre et l'éclair messagers de l'orage.
Enfin, le calme revenu, les oisillons
Reprennent
leur chant mélodieux.

C'est exactement cela: il était le l'Orage, et je devais reprendre mon chant mélodieux une fois la tempête terminée... Enfin, plutôt qu'un chant, il préférait le silence. Garder un secret, le mutisme...

Autoportrait fait pour cet article

Autoportrait fait pour cet article

Je ne saurais dire quelle fût la régularité des actes, quel fût le premier moment, quel est l'élément déclencheur. Je ne sais si je l'ai enfouie au plus profond de moi pour me protéger, ou juste si les souvenirs étant trop anciens, ceux-ci se sont mêlés, entremêlés pour ne faire que ce mélange de répugnants souvenirs.

Lorsque j'y pense, seule la dernière fois est claire comme de l'eau de roche, pour les autres, se sont des fragments, des bouts de mémoire, des éclats.

Une dépersonnalisation de survivance, je vois la scène de haut, témoin de mes propres abus, de ce monstre de dépravation qui a usé et abusé de mon corps durant tant d'années, conservant ce sourire sur la face, envers moi et les autres aussi.

Je me souviens de ces maudites après-midi que j'ai passé, sachant que tôt ou tard j'allais devoir encore subir, mais je ne disais rien.

Je ne comprenais pas, j'étais une enfant qui obéit, une petite fille modèle, aux longs cheveux blonds et aux robes smokées bleu marine.

J'étais celle qui ne hurlerait pas, celle qui ne dénoncerait pas, j'étais donc la proie parfaite.

Pedophilia... Partie 1

J'avais trop bien appris à garder le sourire, à faire semblant de, à garder la face, de par mon éducation, de par mon précoce emploi de mannequin photo enfant.

J'étais la poupée de porcelaine, un jouet dans les mains d'un criminel sadique.

Il est difficile pour moi de parler de viol, j'ai toujours préféré de loin utiliser le terme "abus sexuel" ou "attouchements sexuels". Sans doute pour me voiler la face et aussi parce que dans certains cas, au niveau juridique la différence est ténue.

Je conserverais donc cette appellation, car j'aurais la sensation de manquer de respect à celles et ceux qui ont réellement été violé, avec la douleur physique que cela peut engendrer, ne parlons même pas de la douleur morale.

Revenons au sujet...

Je vivais donc là, passant tous les jours matin, midi et soir devant cette sombre porte de bois, tremblant intérieurement d'entendre ce maudit loquet qui l'ouvrirait, et malheureusement, elle ne s'ouvrait que trop souvent.

Lorsque j'étais seule, j'étais alors terrifiée des événements qui pourraient alors suivre, mais même lorsque ma famille était présente, il était là, tout le temps comme une ombre, surveillant mon passage, parlant, sans cesse, dominant la situation, me dominant, dominant les autres afin que ceux-ci ne puissent avoir l'ombre d'un ombre quant à son honnêteté.

Il serait ridicule de ne pas parler de manipulateur, car c'est exactement ce qu'il était.

Pedophilia... Partie 1

J'ai fait de très nombreuses recherches à partir de mes 11 ou 12 ans, des livres de criminologie, sur les crimes sexuels, des livres qui n'étaient pas destinés à mon âge, je le sais, mais j'y trouvais mes réponses.

Je créais au fil du temps une sorte de profil, pour le comprendre, pour le contrer, pour comprendre ce qu'il m'arrivait, comprendre pourquoi.

Depuis la maternelle, les années avaient passé, et pourtant les choses continuaient, régulièrement, ou non...

Je changeais, mais ses actes et ses paroles étaient les mêmes. Il voulait m'apprendre, m'instruire, me faire comprendre ce que les grandes personnes font, dans sa cuisine, sur le canapé...

Le coeur au bord des lèvres, les insultes qui fusaient dans mon crâne, j'acquiessais, je ne me débattais pas, mais je le haïssais, je le rêvais mort, je rêvais de vengeance, mais surtout que cela arrête.

Il était sans cesse là, dans la rue, dans le garage, chez lui... Rentrer et sortir de chez moi était un véritable calvaire, car sans cesse, cette maudite porte pouvait s'ouvrir, et le monstre qu'elle dissimulait sortir.

Pedophilia... Partie 1

Sa femme était directrice d'une école maternelle, il y allait souvent... Je n'ai jamais eu la certitude, mais de fortes présomptions sur le fait qu'il est pu se passer des choses là bas. Je n'en ai jamais eu la preuve, je n'en aurais jamais.

J'avais fini par comprendre, que ces abus étaient tournés vers moi en raison de mon âge, qu'il n'était pas un pédophile dû au hasard, mais que c'était bien cela qui lui plaisait, la chair fraîche de l'enfance à souiller...

J'avais compris cela en lisant, il voyait en moi comme une partenaire, son égale, consentante, il n'en était rien, le silence n'est pas synonyme de connivence.

Il pensait que cela était réciproque...

Je finis par comprendre que plus je m'éloignerais de cette image de petite fille, de jolie poupée blonde, plus mes chances de l'éloigner seraient fortes.

C'est donc ce que j'ai fait: à 13 ans, je me maquillais, et endossais des tenues provocantes, tentant de paraître plus grande, plus adulte et de ne plus lui plaire. Ce qui valut durant tout le collège de me faire insulter de pute, et d'avoir nombre de ragots sur mon dos, qu'importe les apparences... A 13 ans, ce fût la dernière fois qu'il me toucha. Mon stratagème avait fonctionné. Même si lors de cette dernière fois, il me mis la main sur son enjambe, collée à sa bite (aucune idée si celle ci était flasque ou non, j'avais bien trop peur pour faire attention à cela, et il faut reconnaître que je ne devais pas forcément être très à même des réactions physiques masculines) et me proposa de me donner de l'argent la prochaine fois si j'acceptais de la voir. C'était allé trop loin, et je pense que les choses auraient pu aller encore plus loin.

Il ne s'est jamais montré nu devant moi, il n'a jamais pris de photo... Sa bouche et ses mains étaient ses seules et uniques armes.

Pedophilia... Partie 1

Je me souviens de fragments, terrifiants.

D'une après-midi seule, chez moi, et le bruit de sa clef qui glissait dans la serrure, pour une raison que je n'ai jamais compris, sa clef ouvrait notre appartement. Il commença son jeu, chez moi, dans mon sanctuaire, dans le salon...

Par la suite, terrorisée, je m'enfermais à double tour, usant du verrou, que nous n'utilisions jamais dès que j'étais seule.

Les questions de ma famille redoublaient, elle ne comprenait pourquoi je m'enfermais de la sorte.

Et je ne disais rien...

Il me disait de ne rien dire...

J'obéissais aux adultes...

Pedophilia... Partie 1

Je me souviens de toutes ces années jusqu'à mes 19 ans, où j'allais chez mes grand-parents, (j'y vivais jusqu'à mes 17 ans, puis après, étant partie, je revenais régulièrement), où je restais derrière cette porte de verre opaque, attendant, de voir si aucun bruit ne parvenait de chez lui, puis, dès que j'entendais un bruit suspect, je fonçais me cacher au local poubelles qui était sur la droite du bâtiment et menait à l'arrière de la cour.

Durant plus d'une décennie de peur perpétuelle, l'âge ne m'ayant pas rendu plus forte vis à vis de lui...

Il était toujours le croque-mitaine, toujours celui qui pouvait me posséder si telle était sa volonté. Celui qui faisait de moi une poupée, un objet sexuel.

Je me souviens de quelques doutes de ma mère, lorsque je disais que je ne voulais pas le voir, doutes qui n'ont pas survécu longtemps, à mon grand désarroi.

Il était trop doué dans son jeu, l'image dorée qu'il s'était créé était bien trop parfaite, personne ne pouvait y voir quoi que ça soit.

Il avait réussi à créer cette image de bon voisin, bon ami, dissimulant ingénieusement ce monstre répugnant, cette image qu'il ne dévoilait que dans l'intimité des lieux où il se sentait à l'abri des regards, où celui-ci pouvait laisser libre court à ses pulsions destructrices...

Jamais de violences physiques, jamais de violences verbales, jamais il ne m'a rabaissé tel qu'on pourrait l'envisager.

Intelligent, il jouait principalement sur le compliment, la récompense, connaissant mon éducation, et sans doute d'une certaine manière mon manque d'amour...

Les choses ne se sont pas arrêtées là, mais déjà voici la première partie de ma vie, avant que je ne trouve le courage, et cette fin, que je ne pardonne pas... que je ne pardonnerais jamais...

La suite se trouve ici:

Pedophilia, Partie 2, Le Châtiment

Rédigé par Venus Velvet

Publié dans #Vie

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Gabi 01/12/2014 21:32

J'aimerai avoir le courage de parler moi aussi mais à chaque et depuis que ça s'est terminé, depuis que ma famille l'a apprit ; les mots s'étouffent et je m'enferme dans un profond mutisme.
Le sourire de façade, je connais aussi. Les gens ne s'imaginent même pas ce qu'on peut cacher derrière un simple sourire. Tu as du courage, je t'admire sincèrement.

Venus Velvet 02/12/2014 00:29

Je te remercie de ton message.
Je ne pense pas que c'est du courage, honnêtement, juste un besoin de revanche, un besoin d'outrepasser ce stade de victime honteuse, le besoin de partager avec d'autres, peut être donner l'envie de porter plainte à certains, ou juste de donner l'espoir que l'on peut sortir de ce mutisme un jour, lorsque l'on se sentira assez fort pour cela.
Oui, il est difficile d'en parler, surtout au début, et puis, au final on accepte, on se dit, que de toutes manières nous n'y sommes pour rien, que nous ne sommes pas des coupables, que nous n'étions pas de connivence, juste manipulés, abusés par des personnes qui n'avait aucune raison de jouer de nous, de nos corps et de nos âmes.

J'espère de tout coeur qu'un jour tu trouveras la force d'en parler, de laisser sortir ce venin qui est en toi, et qui je suis malheureusement sûre, te tord de douleur à l'intérieur.
Je croise les doigts pour qu'un jour prochain ta parole se libère et que ton sourire soit sincère, plus qu'une façade pour éviter les questions...
Passe une très bonne soirée
Venus

Sophie 01/12/2014 18:29

A chaque fois que je lis ce genre de témoignage, je me demande vraiment ce qu'il se passe dans la tête de ces gens.. C'est fou de vouloir détruire l'enfance d'une petite fille innocente. J'espère pouvoir lire dans ton prochain chapitre qu'il était tombé bien bas, cette ordure.

Venus Velvet 02/12/2014 00:24

C'est bien le soucis, pour "le mien", il me pensait consentante, une manière de penser différente de la norme, une manière de penser qui blesse, qui fait mal, un mode de pensée extrêmement égoïste et égocentrique, son plaisir avant tout et au feu les sentiments et la vie des autres.
J'essayerais de faire rapidement l'article suivant, disons "Crime et châtiment", puis sans doute un troisième et dernier "La reconstruction", ou quelque chose du même acabit, les incidences que cela a sur l'adulte que je suis aujourd'hui, car je ne peux parler qu'en mon nom et en aucun cas en celui d'autres qui ont vécu des choses semblables, similaires, car toute personnalité ne vit pas les choses de la même manière...
Merci de ton message, passe une très bonne soirée
Venus