18 février 2015

Publié le 18 Janvier 2015

Quelle horrible journée, des papiers à faire, des lettres à n'en plus finir, de l'administratif, des choses que je repousse depuis des jours, des mois, pour certaines choses des années, sans doute plus de 4 ans pour certains, si je ne minimise pas.

Je me noie sous les documents administratifs, photocopie de carte d'identité, de déclarations d'impôts, de courrier de la sécurité sociale, des lettres du syndic, des dossiers de notaires, des fiches de relevés de notes, et que sais-je encore.

Je dois m'occuper au plus vite de la CAF, de la Securité Sociale, des papiers pour le syndic, des notaires qui sont mon dernier espoir, de Nikon, de la fac pour récupérer le diplôme que je n'ai jamais eu entre les mains et qui date de 2008...

J'ai des ventes à poster, des lettres pour fêter les voeux, que je n'ai pas eu le temps de faire, que je n'ai plus la possibilité d'envoyer, du moins pour le moment...

Et puis j'ai la lettre pour ma banque, pour confirmer le fait que j'ai bien perdu ma carte bleue vendredi et que je n'ai à présent plus aucun moyen de payement...

Monsieur pendant ce temps est au bureau, il travaille sur la grande réunion des 70 ans qui aura lieu demain soir, pour l'AFP, où un nombre incalculable de gens se pressent pour voir leurs noms inscrits sur les cartons d'invitation depuis les événements de Charlie Hebdo.

La presse et la politique, sans doute un bon nombre de pique-assiettes, comme toujours dans ce genre de cas.

La grande foire aux freaks, créatures ridicules pleine de vanité et d'ambition, risibles avec leurs dents rayant le plancher, leur macrocéphalie, et leur éléphantiasis touchant principalement leurs chevilles. Bref, des êtres de foire, je croyais pourtant que les cirques de monstres avaient été interdit il y a de cela un bon nombre de décennies... Qu'importe, lorsque l'on est riche et que l'on est "important", on peut sans doute outrepasser certaines règles de bienséance.

Il est donc noyé sous les vidéos et les photos à monter et moi de mon côté, sous mes propres archives, qui dieu soit loué, ne remontent pas à 70 ans... sinon, je pense que j'y serais encore dans quelques semaines.

Je suis fébrile, je panique à l'idée de régler toutes ces choses que je n'ai jamais eu le courage de prendre à pleines mains plus tôt, des papiers qui peuvent régler un grand nombre de problèmes, passés, présents et possiblement futurs...

Je farfouille les sites des institutions, des agences, je cherche les informations que je devrais détenir mais que je n'ai pas... Je me perd dans des monticules fait de feuilles imprimées, mes tours de papier s'écroulent, et mon stress s'accroît d'autant plus que je vois que mes talents d'architecte sont loin d'être viables. En serait-il de même pour la construction de ma propre vie?

Je remonte le temps, remonte les souvenirs et les erreurs qui jonchent mon parcours, les mettre en exergue n'a pas le mérite de me rassurer loin de là... Je tremblote ridiculement à l'idée de voir les choses évoluer, qu'importe que cela soit en positif ou en négatif, ma crainte est juste celle d'avancer...

Monsieur revient, les bras remplis de papiers, ceux qui me manquent, les enveloppes couvrent le sol, et je ne sais même plus remplir les plus simples questionnaires, tant j'ai écris cet après-midi... Je stresse, et sa présence accroît cette désagréable sensation, comme si mon anxiété avait besoin d'un public pour grandir et montrer sous son plus beau jour. Mes mains tremblent.

Je me sens ridicule, mais je me sens incapable d'aller contre mon propre caractère, contre mes propres tares, alors, je faiblis et chope un Xanax dans mon sac...

Je flippe de tout, j'ai peur du vide du futur, peur de l'inconnu, et de l'arrêt du statut quo, je crains les évolutions, et les changements que mes actes vont perpétrer, et donc de nouvelles décisions à prendre, des nouvelles barrières qui se mettront alors sur mon chemin, que celles-ci soient hautes comme des montagnes, ou comme des jouets n'a pas d'importance, seul compte la peur du changement, la peur de penser que l'on évolue et que l'on avance, que l'on marche sans fin vers un futur, qui n'a qu'une seule manière de s'arrêter, la même manière pour chaque être humain...

Pourtant, je ne pense pas que c'est la mort qui est effrayante en soi, juste le fait de savoir que le temps et l'espace sont liés, que l'on ne peut être et avoir été, que l'on ne peut rester dans l'indécision toute sa vie, car même contre notre gré nous sommes obligés de vieillir, de grandir, de prendre des décisions, de faire des choix, des choix qui parfois nous crèvent le coeur...

Quoi qu'il en soit, mes papiers sont terminés, les enveloppes cachetées, je n'ai plus d'autre choix que de les envoyer.

Nous prenons le chemin de la poste du Louvre, et allons peser et oblitérer le tout.

Nous nous postons devant la postière, et je lui donne les lettres, remplissant les formulaires pour les envois en recommandé.

Monsieur est là, il veille au grain, et bien heureusement, car la guichetière oblitère une lettre et commence à la fermer alors que ça ne doit pas être le cas. Je ne sais même plus comment je m'appelle, mon cerveau après avoir trop bouillonné, a décidé de se mettre en pause...

Nous réglons les choses et partons, le futur de ma vie prêt à être dispersé aux quatre coins de la France.

Nous sortons, j'ai besoin de marcher un peu, j'ai appris un peu plus tôt, alors que je courrais dans tous les sens pour terminer mes courriers que la clinique avait téléphoné pour demander si une opération était possible, car une seconde radio avait été faite et qu'il était nécessaire d'ouvrir. Monsieur avait bien entendu accepté, et quelques temps plus tard on lui avait annoncé que l'opération s'était très, très bien déroulée, et qu'il était à présent en train de se réveiller. J'étais rassurée, mais, mon cerveau surchauffé n'avait pas trop emmagasiné ces nouvelles données.

Nous marchons de la Poste jusqu'à Hôtel de Ville dans la fraîcheur de la nuit, nous passons devant Châtelet, qui prend de plus en plus sa forme finale, mais je ne prend pas de photo, les barrières et la nuit ne rendraient rien.

Nous prenons chacun de notre côté, une affiche de street-art, où l'on peut voir Mowgli sous-titré de "Laisse pas traîner ton fils", de la chanson de NTM.

Nous continuons d'avancer, dans ces rues que j'ai bien connu, longuement fréquenté, celles du Marais, ce quartier qui me manque tant, ce quartier, qui au final est vraiment mien... Celui où je me sens chez moi, au même titre qu'à Maisons-Laffitte ou que Kennedy Town à Hong Kong... Des villes ou des quartiers où il y a quelques fibres de mon âme qui y traînent, bons et mauvais souvenirs se mêlent, mais donne une sensation d'appartenance... Chose que je n'ai jamais réussi à avoir à Gambetta, ou à Pyrénées...

Des choses difficiles à expliquer... Une implication profonde et sans définition.

Arrivés à l'arrêt du bus, Monsieur profite des 13 minutes d'attente pour téléphoner à la clinique.

Il demande comment va Nyx, s'il est à présent réveillé, et quelques autres détails. Et finit par demander quel était donc cette chose qui bloquait l'oesophage du furet, la réponse ne me parvient pas immédiatement, j'entend Monsieur répondre "Oui, en effet c'est pas banal"...

Il raccroche, se retourne vers moi, et m'annonce: "Ma chérie, c'est une de tes boules Quiès qu'il a bouffé"...

Je ne sais pas trop si je dois rire ou pleurer, je hoquette étrangement, un semi-sanglot mêlé de rire, puis plus rien, je suis abasourdie, ce crétin de furet qui refuse de manger autre chose que de la viande crue (et de la maison maison, mais c'est un détail), a mangé MA boule Quiès...

Je commence à culpabiliser (encore, comme toujours), je ne sais pas vraiment comment prendre la nouvelle, une opération importante, avec un furet qui va se retrouver avec une belle ligne de points de suture sur le ventre, une mort à laquelle il a échappé de peu, un fric monstre que Monsieur a dépensé (sans doute dans les 800 euros, nous saurons lorsque nous aurons la facture sous les yeux) que je ne pourrais pas lui rembourser, tout ça pour une putain de boule Quiès que j'aurais laissé traîner.

Je réfléchis, j'ai envie de tordre le coup à cette satanée bestiole, qui n'est pas bête à bouffer du foin, mais bête à bouffer des protections auditives! J'ai envie de le transformer en ragoût... et en même temps je suis soulagée qu'il aille mieux, mais je suis tellement furieuse contre lui et contre moi-même...

Puis, je réfléchis un peu, il me reste quatre boules de silicone sur la table de chevet, et je ne crois pas qu'il m'en manque une. Par contre, je me souviens bien que j'en ai jeté dans la corbeille de mon bureau où Nyx adore rentrer, malgré nos engueulades...

Nous rentrons à la maison: je fonce vers la tablette, les quatre putains de boules fluo sont là, Monsieur m'a fait la moral sur mon bordélisme maladif, en me disant qu'à présent j'avais intérêt à être une parfaite femme au foyer, et qu'il m'avait déjà fait une avance de 800 euros. Certes, cela était pour plaisanter, mais je sais que ma désorganisation et mon absolu non-intérêt pour les tâches ménagères commencent à le fatiguer, car il doit finalement s'en occuper à ma place en plus de son travail...

Je suis blasée: pour une fois que je range un truc, mon furet kamikaze vient ruiner mes efforts en tentant le suicide à la boule Quiès... Je ne suis pas certaine que cela va me motiver à ranger plus...

18 février 2015
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Rédigé par Venus Velvet

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