Bon dieu, que la nuit est longue.

Les heures passent, sans fin, les minutes défilent, sans s'arrêter et le sommeil ne vient pas.

J'entend des bruits qui résonnent dans ma tête, le furet qui remue dans sa cage, le souffle de mon homme à ma gauche, parfois plus loin des sirènes qui retentissent dans le silence de la nuit, et mon coeur, qui bat parfois lentement, parfois lorsque je perd patience, celui-ci se met à frapper plus fort en moi, je le sens qui résonne dans tout mon être et les boules Quiès accentuent cela.

Killing time

Des heures perdues, des heures gâchées, des heures que je ne retrouverais plus, des heures passées dans la noirceur de la nuit, ma jeunesse qui s'enfuie avec les secondes qui s'égrainent inlassablement.

Je perd mon temps, je perd ma vie. Je ne fais rien, je reste là, bêtement allongée dans le noir avec le corps chaud de monsieur à mon côté. Je le maudirais presque de trouver si facilement le sommeil, non, soyons honnête, je le maudis. J'ai presque la sensation que ses respirations tranquilles, profondes et apaisées me narguent. Je lui en veux.

Il est là, béat, dans un sommeil de plomb, tranquillement au royaume des songes, et moi, j'attend, j'attend que le sommeil me prenne dans ses bras, qu'il me réchauffe et me rassure, lui qui au fil des années, des décennies même, est devenu l'un de mes plus proches ennemis.

Cet ennemi que je chéri plus que tout, celui que j'appelle, lasse, à bout de souffle, chaque nuit que le monde fait.

Lui qui semble m'ignorer, passer près de moi, entraînant dans son sillage des villes entières, des pays et des continents, et moi, et moi qui suis seule, les yeux grands ouverts dans le noir.

Killing time

Et cet esprit qui ne s'arrête pas, une suractivité cérébrale perpétuelle, pour tout et surtout pour rien.

Une réflexion qui croît, semble vivre de par sa seule volonté, migre sans raison d'un sujet à un autre, évolue, se développe alors que je ne réclame qu'un silence de mort pour enfin m'assoupir.

Cette mort éphémère qui m'oublie tous les soirs ou presque, me laissant au petit matin dévastée par ces heures immobiles, ces pensées anxiogènes, ces rêves et ces phantasmes qui n'aboutiront jamais sur quelques projets dans la réalité.

Killing time

Je me noie dans le Xanax, sans tomber dans l'excès, rêvant à des drogues plus puissants qui me conduiraient dans le domaine de Morphée, je rêve de gouttes de somnifères, d'injections de Valium, de vapeur d'éther et de bouffées d'opium, même si me connaissant, je sais parfaitement, que je ne tomberais jamais dans de telles extrêmités.

La peur, celle qui dirige ma vie, me permet au moins de ne pas sombrer dans certains danger, un mal pour un bien dirons-nous.

Parfois, je divague, laisse le sommeil me caresser le corps, je sombre, puis me réveille prise de panique, le coeur à cent à l'heure, l'esprit qui s'échauffe de plus belle.

Je me lève alors, à tâton j'avance, me dirige vers le canapé. J'allume une cigarette et vois le temps défiler sur l'horloge. Chaque jour il est plus tard, chaque nuit se fait plus longue et plus étouffante.

Killing time

Les yeux grands ouverts, l'oeil adapté aux ombres mouvantes qui caractérisent la nuit, je fixe le vide, à travers la fenêtre je ne peux même pas regarder la lune, ma fenêtre n'a pas de vue sur le ciel, à Paris existe-t-il un ciel?

Les ombres changent, la nuit se pixelise, j'attend, emplie de tourments, de pensées tortueux et parfois torturées, je tue le temps, ...

Killing time
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