Publié le 5 Avril 2016

Suicide, les pleurs des survivants
Suicide: je suis violemment triste pour ma voisine et amie avec qui j'ai passé plusieurs heures en cette soirée. Depuis quelques jours, j'entendais de sombres discussions sur notre palier, inaudibles mais empreintes de douleur. Nous ne savions que faire, nous imposer pour savoir ce qui se passait, ou attendre que le hasard nous fasse nous croiser, peur de gêner, d'être impolis... J'ai malheureusement appris, assises toutes deux sur ce palier qui abrite tant de confidences, que sa mère, que je connais(sais) bien avait disparu dans la nuit de mercredi à jeudi, un sac laissé au bord de l'eau, trempé, une bouteille de vodka, des plaquettes vides de somnifères, et deux précédentes tentatives avortées. Cette fois, malheureusement, elle a réussi, et nous sommes mardi, depuis mercredi, son corps est introuvable. Pas de lettre, pas d'indices les heures qui précédaient l'Acte, rien, un jour comme un autre, des "bye bye, see you"... J'ai le coeur brisé par sa peine, cette horrible attente, dont on connaît la finalité sans doute aucun. Je vois la douleur de ceux qui survivent, et qui pleurent la perte incompréhensible... Le passé me revient en mémoire, en 2008, lorsque ma mère, ait passé à un cheveux de réussir sa maudite TS, puis les tentatives de mon frère, là encore sans succès (mais le voulait-il?). Ces maudites dépressions qui en emportent tant, laissant tant de larmes et d'incompréhension, tant de tristesse et de rage. Ces maudits troubles psychiatriques qu'aujourd'hui encore nous préférons moquer, minimiser en faveur des maladies physiques, car elles sont invisibles et encore trop souvent mises sur le compte de la fainéantise du malade, ces troubles que l'on cache honteusement, ces maladies faussement diagnostiquées car parfois "à la mode". Tous ces malades qui errent d'un traitement à un autre, bouffant le peu d'espoir qu'il reste, s'essoufflant sous les effets secondaires qui parfois mènent au tombeau. Hélas oui, c'est malheureusement très, trop commun... Mais, on ne remonte pas le moral aux morts, juste aux survivants qui eux, pleurent leurs défunts. Je suis lasse de cette douleur omniprésente, de ce monde qui est fou, de ces gens qui le sont tout autant (je peux aussi m'inclure dedans, donc pas de jugement). Je suis effondrée pour mon amie, dont le corps de sa mère erre depuis près d'une semaine dans les courants, et qui ne peut commencer son deuil, même si elle n'a aucun es pour de la revoir en vie, je suis impuissante face à sa culpabilité qu'elle ne devrait pas avoir. J'ai mal pour elle. J'ai connu et connais trop de folies, trop de proches qui sont ou furent sur la corde raide, mal traités par les médicaments, diagnostiqués à tort, ou malheureusement pas diagnostiqués. Je suis furieuse de voir que les victimes de troubles mentaux, quels qu'ils soient, depuis la "simple dépression" jusqu'à la puissante et réelle schizophrénie sont laissés sans réelle surveillance, malgré le danger qu'ils sont envers eux-mêmes, voire envers les autres, je suis furieuse de voir les psychiatres être de simples dealeurs qui ne cherchent pas à traiter en profondeur mais juste en surface en annihilant "juste" les symptômes sans traiter et comprendre la cause et l'origine, ou à l'inverse ceux qui refusent de se mêler de tout traitement laissant la tâche ardue incomber aux médecins généralistes. Je suis furieuse de voir le peu d'empathie des soignants (pas de généralisation!) face aux effets secondaires qui sont parfois mille fois plus puissant que les maux qu'ils doivent soigner. De ma propre expérience, de mon vécu, physique, psychologique, de la famille, de mes amis, de mes connaissances, j'enrage et je suis peinée. Impuissante, je n'ai que les mots pour parler de ces maux qui empoisonnent l'existence de tant d'êtres.

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Rédigé par Venus Velvet

Publié dans #Vie